यदि मामप्रतीकारमश्रश्त्रं शस्त्रपाणयः। धार्तराष्ट्रा रणे हन्युस्तन्मे क्षेमतरं भवेत।।१.४६।।
yadi mam apratikaram asastram sastra-panayah dhartarastra rane hanyus tan me ksemataram bhavet (1.46)
Il serait préférable que les fils de Dhritharashtra me tuent sans que j'oppose aucune résistance et sans armes, plutôt que de les combattre.
Arjuna était sur le point de tout abandonner. Il était à deux doigts de s'enfuir et de quitter le champ de bataille pour ne pas faire face à la réalité.
Il s'était convaincu à travers ses propres arguments illusoires que là où il s'était embarqué était purement mauvais, ce n'était rien d'autre que de la malveillance et il ne voulait rien à voir avec tout cela. Il déclare : 'Je suis prêt à poser les armes et être sans défense, pour que Duryodhana et ses hommes puissent me tuer'.
Pour qu'un kshatriya fasse une telle déclaration cela pourrait signifier une des deux choses suivantes : Un guerrier kshatriya, un guerrier suprême, tel qu'Arjuna, ne connaît point la peur. Ce n'est pas la peur, la peur de sa propre mort, ni celle des blessures physiques qui le contraignent à faire une telle déclaration. C'était soit un sentiment d'abandon total, soit un sentiment d'incapacité, qui venait d'une confusion extrême.
Comme je l'ai fait remarqué plus loin, Arjuna n'était pas dans un mode total d'abandon ; pas encore. Il n'était pas dans le mode ahimsa, c'est-à-dire de non violence. Il n'était pas en accord avec la Conscience Collective pour déclarer que tuer les autres s'était se tuer lui même, puisque alors il aurait ressenti qu'ils formaient un avec lui. Ses arguments : tuer ses parents, ce qui revenait à se tuer lui même, prenaient leur source de son égo et non de la réalisation du Soi.
Le désespoir d'Arjuna, son sentiment d'incapacité prend naissance de son dilemme intérieur poussé à l'extrême. C'était un homme habitué à la lumière, et qui se trouvait maintenant dans l'obscurité. Il ne savait pas dans quelle direction partir. Il était confus entre ce qu'on lui demandait de faire comme travail en tant que prince kshatriya et ce qu'il croyait être les vérités morales des écritures.
Arjuna était un homme intelligent, un homme prévenant ; d'où le dilemme.
सञ्जय उवाच एवमुक्त्वाऽर्जुनः संख्ये रथोपस्थ उपाविशत । विसुज्य सशरं चापं शोकसंविग्नमानसः।।१.४७।।
sanjaya uwaca evam uktvarjunah sankhye rathopastha upavisat visrjya sa-saram capam soka-samvigna-manasah (1.47)
Sanjaya déclare : Ayant ainsi parlé sur le champ de bataille,Arjuna s'affaissa sur le siège de son char, laissant tomber l'arc divin et le carquois inépuisable, l'esprit accablé par le chagrin.
La détresse d'Arjuna est totale. Il s'assied, incapable de supporter le poids de ses émotions. Il pose son Gandiva ainsi que les flèches, ce qui signifie qu'il ne prend plus part à ce combat.
Le délire d'Arjuna est total aussi. Il est aussi éloigné de la réalité que cela est possible. Le plus grand de tous les guerriers de son époque, le plus grand de tous les hommes, nara pungava comme on le connaissait, Arjuna, ce héros, est dans le gouffre du désespoir basé sur la confusion intérieure qu'il traverse.
Le conflit avec son éducation et ses systèmes de valeur, ses samskaras, et ce qu'il s'apprêtait à faire en s'engageant dans cette guerre contre ses parents, l'ont réduit à l'état d'une épave pitoyable, il s'est maintenant débarrassé de ses armes, il s'écroule dans son char. Arjuna, à ce point n'est point l'exemple du vrai kshatriya.
Arjuna, à cet instant précis, est l'exemple parfait de l'espèce humaine. Il est humain. Il est déchiré entre l'obscurité et la lumière. Il fait face à un conflit entre les samskaras inconscients qui le conduisaient et la réalité de ce qu'il doit accomplir. La clarté qui devrait arriver avec l'aide des grands Maîtres, le Jagatguru, serait son illumination. Nara réaliserait que lui aussi était Narayana ; Atma se fondrait avec le Brahman.
L'obscurité dans laquelle est enveloppé Arjuna à ce niveau est maya, l'illusion, qui empêche à tous les être humains de percevoir la Vérité concernant la Réalité. Ma ya, iti maya : ce qui est irréel est maya, dit- on. Maya n'est pas irréel dans le sens qu'il n'existe pas. Maya existe vraiment en réalité. Il voile, il recouvre la Réalité, l'ultime vérité, la vérité de notre conscience intérieure, la vérité de notre divinité intérieure, qui, par conséquent, parait non réelle.
Si Arjuna avait été Krishna, ou un être illuminé, il n'aurait pas été harcelé par le jeu de sa maya. S'il avait été un Duryodhana ou même un Bhima, il aurait accepté ce maya sans se poser de questions, et, une fois de plus sans être tourmenté. Mais, Arjuna est intelligent, il est partiellement éveillé, c'est un chercheur, il est en présence du plus grand de tous les Maîtres. Il lutte afin de se débarrasser de ce maya, pour trouver de la clarté.
C'est l'ego d'Arjuna qui a créé ce maya en lui. Sa propre identité, sa propre identification de qui il est, ses propres convictions lui font penser qu'il devrait préserver sa lignée ; tous ces facteurs de son identité ont créé en lui l'illusion qu'il était quelqu'un d'autre que lui même. Tous ces éléments ont créé en lui le spectre du doute qui le pousse à penser qu'il devrait agir autrement et ne pas accomplir la mission pour laquelle il s'était engagé. C'est le dilemme d'Arjuna et la cause de sa souffrance.
Tous nous arrivons dans ce monde sans identité. A mesure que nous grandissons nous collectons des étiquettes que nous apposons sur nous : mère, père, frère, sœur, les autres proches etc.…. A mesure que nous grandissons d'avantage, nous collectons l'étiquette du petit ami et de la petite amie, du mari et de la femme, du fils et de la fille, de l'employeur, de l'employé, des collègues, des ennemis. C'est comme jouer avec des poupées, et tout ce vous faisiez quand vous étiez enfant. Bien que ces poupées n'étaient pas en vie, quand vous jouiez avec elle, comme je le faisais avec mes idoles et mes déités, elles paraissaient pourtant toutes remplies de vie.
La différence est qu'à mesure que nous grandissons nous pouvons nous défaire de ces jouets.
Pour beaucoup, particulièrement dans le monde Occidental, les relations spirituelles que nous entretenons avec tant de sainteté en Orient, semblent être comme la relation qu'ils ont eue avec les poupées. Les enfants traînent leurs parents devant la justice ; de toute façon à l'âge de dix huit ans ils sont sans domicile, et plus tard dans bien des cas ils ne veulent plus rien entreprendre ensemble. Ils déclarent qu'ils sont indépendants. D'une certaine façon, c'est une bonne chose ; ils apprennent à se désolidariser de maya très tôt dans la vie. Ils apprennent le détachement, mais, malheureusement pour eux, cela se fait en faveur du matérialisme.
En grandissant, ils apprennent à changer de voiture chaque année, de maison tous les deux ans, et d'épouse tous les trois ans. Ils ont vraiment assimilé l'enseignement de Bouddha quand il déclare que la vie est aniccha, c'est-à-dire fugacité. Beaucoup de ces enfants finissent dans des familles d'accueil. Ce qui était jadis de la civilisation est devenu maintenant de la non civilisation.
La culture se résume alors à laisser tomber ses propres parents, son conjoint, ses enfants et tous les autres êtres avec lesquels nous avons eu un lien dans la vie, comme s'ils étaient des vêtements usités que l'on met au rebus. Il n'existe aucun attachement aux êtres ni aucune relation humaine. Il y a détachement. Ce détachement est similaire à celui que l'on a eu pour les poupées que l'on a utilisées quand nous étions enfants. Malheureusement ce détachement prend sa source d'un attachement bien plus profond et bien plus dangereux aux choses matérielles ainsi qu à d'autres problèmes. De telles personnes, comme ces gens du monde Occidental abandonnant tout lien avec les parents, sont constamment à la recherche de quelque chose de bien plus significatif dans leur vie ; ils sont constamment à la recherche de l'unique personne ou des personnes avec lesquelles elles seront heureuses à jamais. Elles passent d'une relation à une autre, d'un emploi à un autre, d'une ville à l'autre. Elles recherchent sans cesse leur bonheur dans le monde extérieur.
Une petite histoire :
Nous avons tous entendu parler de Mulla Nasrudin. Il avait la réputation d'être quelqu'un d'excentrique. Alors, un jour, ses amis et voisins l'ont trouvé entrain de faire les cent pas sous le lampadaire devant sa maison, naturellement ils n'y ont pas accordé de l'importance. 'C'est Nasrudin', déclarèrentils et ils vaquèrent à leur occupation.
Mais, quand ils le trouvèrent très tard dans la nuit faisant toujours les cent pas, ils s'inquiétèrent.
Nasrudin, 'Que fais-tu', lui demandent- ils ?
'Oh, rien du tout', répond- t'il.
Alors, pourquoi fais-tu les cent pas devant chez toi, au lieu d'aller te coucher ? Demandent- ils.
Oh, je suis à la recherche de mon alliance en or', leur dit-il, 'Elle est très précieuse, c'est un bijou de famille qui date de plusieurs générations. 'Il faut que je la retrouve'.
'Très bien', nous allons t'aider à la retrouver. Ayant cherché pendant plusieurs heures, ils ne purent retrouver la bague.
Un des voisins qui connaissait bien Nasrudin, tout à coup eu un doute. 'Où as-tu perdu cette bague, Nasrudin ? demanda-t'il.
'Oh elle était dans une boite dans ma chambre, mais je ne la retrouve plus maintenant, c'est la raison pour laquelle je suis à sa recherche', déclara Nasrudin.
'Si tu l'as perdu dans ta chambre, pourquoi la rechercher sous le lampadaire dehors', lui demande son voisin. 'Oui, oui', reprirent en chœur les autres voisins.
'Bien', déclare Nasrudin, 'il n'y a pas de lumière dans ma chambre. Je ne peux chercher que là où il y a de la lumière. C'est pour cela'.
C'est de cette façon que la plupart d'entre nous fonctionnons. Nous recherchons le bonheur dans le monde extérieur car c'est tout ce que nous connaissons, car c'est de cette façon que nous avons été éduqués tout au long de notre vie. Nous avons appris comment regarder à l'extérieur. Nous n'avons jamais appris à regarder à l'intérieur.
Le bonheur vient de l'intérieur. Le bonheur éternel qui est la félicité coule sans cesse à partir de l'intérieur. Vous ne pouvez le trouver à l'extérieur. Vous ne pouvez pas l'atteindre à travers les biens matériels, ni à travers des relations basées sur votre nombrilisme ni à travers une philanthropie égoïste. C'est un état d'esprit que l'on atteint à l'intérieur de soi même.
Enfants, nous sommes tous dans la félicité. Avez-vous déjà vu un enfant malheureux, à l'exception des fois ou il est physiquement dérangé par la faim, la soif ou la douleur ? L'enfant qui grandit est toujours dans la félicité, toujours curieux, toujours à poser des questions. A mesure que nous grandissons et apprenons des autres, nous apprenons comment nous éloigner de cette félicité. Notre éducation ne nous apporte rien de positif. Tout ce qu'elle fait c'est de nous dérober notre félicité. Nous apprenons des anciens, des professeurs, des gens autour de nous, qui y sont depuis bien plus longtemps que nous, et savent comment arrêter ce sentiment de félicité.
De la même façon que nous avons appris à arrêter cette félicité en nous, nous pouvons aussi apprendre à mettre un frein à cet arrêt ; nous pouvons réapprendre comment ressentir la félicité de nouveau. Nous pouvons apprendre à devenir conscient.
C'était le processus par lequel Arjuna passait. Il avait perdu sa félicité et plongeait dans les profondeurs du désespoir. Le processus de réapprentissage, le processus de transformation entre les mains du Maître, était sur le point de commencer. Si vous devenez conscient de ce processus, si vous suivez ce processus attentivement à travers les dix huit chapitres que le Jagatguru fait vivre à son disciple, vous aussi vous deviendrez conscient.
Sankara déclare magnifiquement :
Bhagavad Gita kinchita deeta, Ganga jala lava kanika peeta, Sakrutapi ena Murai samarcha, karoti tasyam Yame na charcha.
Si vous absorbez un peu de la Bhagavad Gita, si vous buvez ne serait ce qu'une goutte d'eau du Gange, si vous pensez au grand maître Krishna rien qu'un instant, vous n'aurez jamais à faire face à la mort.