उत्सन्नकुलधर्माणां मनुष्याणां जनार्दन। नरकेऽनियतं वासो भवतीत्यनुशुश्रुम । ।१.४४ ।।
utsanna-kula-dharmanam manusyanam janardana narake niyatam vaso bhavatity anususruma (1.44)
O Janardana, j'ai entendu dire que tous ceux qui détruisent les traditions familiales demeurent toujours en enfer.
A cet instant Arjuna est complètement désespéré. Il se rend compte que les raisons qu'il pouvait prôner pour expliquer ses objections ainsi que sa logique afin d'éviter de rentrer en guerre semblent faibles. Il se peut qu'il y ait eu un échange télépathique entre lui et Krishna, mais il semble que maintenant Arjuna a le sentiment que ses raisons et arguments pour ne pas tuer ses propres parents n'impressionnent pas du tout Krishna.
A ce moment précis Arjuna, commence à développer un thème bien plus large : en tuant ses parents, il ne détruirait pas seulement ces individus et sa famille, mais aussi toute la lignée, apportant ainsi une fin tragique à la race du clan Kuru.
Ceci, déclare t'il, ne serait pas seulement un désastre dans l'histoire et dans le passé, mais aurait aussi d'incalculables effets négatifs sur les générations futures.
Arjuna commence à citer des versets : la Smruti, les lois sociales, les règles et règlements instaurés par Manu et par d'autres, pour expliquer à Krishna les effets négatifs que ses actes, pour détruire sa dynastie, porteraient aux générations futures.
Il commence à dire que la destruction d'une lignée noble, d'une race et d'un système familial en plein essor, conduirait au déclin de la pratique honorable des rites et des rituels considérés comme sacrés par les versets. Le déclin de la pratique de ces rites et rituels conduirait les familles futures, à pratiquer par la suite, des actes immoraux et non vertueux.
Ensuite Arjuna rentre dans les détails de ces actes non vertueux et immoraux.
Il déclare que les femmes ne seraient plus chastes, et se mélangeraient avec les autres castes, ce qui aurait pour résultat la naissance d'enfants de castes mélangées, ce qui serait indésirable.
Il continue, en disant que les versets expriment que ceux qui causent de telles pollutions dans les castes iraient en enfer, puisque leurs ancêtres n'auraient pu être apaisés, bien que des rituels d'offrandes de nourriture et d'eau eussent été pratiqués. Ceux qui détruisent les traditions familiales ruinent toutes les pratiques sacrées, et conduisent les familles dans la pollution de la lignée familiale, et il n'existe aucun asile pour ces gens sinon l'enfer.
Pour comprendre ce qu'Arjuna dit il est important de comprendre l'origine des varnasrama ou la base de la tradition des castes dans la religion Hindoue.
Dans l'ancien système d'éducation Hindu nommé le gurukulam, les parents laissaient leurs enfants âgés de trois ans sous la responsabilité d'un Maître spirituel. Le Maître devenait la mère, le père et le professeur de l'enfant. Il testait l'aptitude de l'enfant et décidait quelle formation devait prendre l'enfant. Cette décision basée sur l'aptitude naturelle de l'enfant était la base pour le varna, la couleur ou la classification de la caste : le varnasrama.
Le Maître se souciait peu de savoir si les parents de l'enfant étaient vaisha ou sudra. S'il pensait que l'enfant avait des aptitudes naturelles pour apprendre les écritures, l'enfant recevait une formation de brahmin sans tenir compte de sa naissance ni de la structure de la caste de ses parents. Les garçons et les filles apprenaient le mantra de la Gayatri, ce qui permettait à leur intelligence naturelle de s'épanouir. Ceux qui avaient l'aptitude naturelle vers la voie spirituelle et exprimaient cette aptitude, ceux là, recevaient, la formation des écritures saintes, à travers un développement personnel et des expériences. Les autres étaient formés essentiellement aux arts et aux sciences pertinentes.
Telle était l'origine du système des castes. Ce système était très similaire au système Guild qui était en application en Angleterre il y a des milliers d'années de cela ; on dit que ce système a contribué énormément à la Révolution Industrielle qui fit de l'Angleterre une superbe puissance coloniale pendant un certain temps.
A mesure que le temps passait, ce système de caste qui était basé sur l'aptitude et le talent de chacun fut corrompu à cause de l'avidité humaine. Ceux qui croyaient accomplir un travail qui demandait plus de responsabilité et, par conséquent, étaient plus respectés, tels que les castes des brahmin et des kshatriya, décidèrent de transmettre leur compétence de caste, ce qui était en fait un commerce de compétences à leurs enfants, comme si c'était un droit de naissance. Les écritures n'avaient pas prévu de sanctions pour de telles pratiques. Le fils d'un brahmin, qui n'avait ni l'aptitude ni la connaissance pour être un brahmin, cessa d'avoir le droit de se faire appeler brahmin. Le fils d'un sudra, s'il montrait les aptitudes nécessaires et développait les qualités pour apprendre les écritures et décidait d'embrasser une vie spirituelle, avait tous les droits et toutes les compétences pour être appelé brahmin. Cette vérité provenait des écritures.
Les doutes d'Arjuna concernant la pollution des castes n'avait aucun mérite et ne provenait pas des écritures. Ce dont il parlait était cependant devenu la norme sociale à cause de l'avidité de l'homme. Dans bien des cas il y eu des mélanges, même dans la grande lignée des Kurus pour la disparition de laquelle se lamentait Arjuna. Satyavati, son aïeule, était la fille d'un pécheur ; son aïeul, Shantanu, en avait eu le béguin. Arjuna, personnellement avait des femmes non Kshatriya.
Arjuna s'exprime comme s'il était embourbé dans la confusion totale, quand il lie la pratique des rites et les rituels à la moralité et la chasteté. Il parle des femmes qui ne soucient pas de leur chasteté, ce qui résulte des familles qui ne suivent pas la pratique des rites et des rituels. Il parle comme si il était pris de démence.
Les rites et les rituels, prescrits dans les écritures sont une expression de notre propre conscience intérieure. Ils deviennent utiles quand on devient conscient. La prise de conscience n'est pas créée par la pratique aveugle de rites et de rituels.
Combien de gens voient t-on marmonner leurs prières, roulant les graines de leurs malas ou de leurs chapelets, occupés par des pensées et des actions qu'ils ne peuvent contrôler ? Leurs langues sont sur Dieu et leur esprit est avec le diable.
Arjuna ici dit à voix basse les sentiments des organisations religieuses et de la prêtrise, qui tirent leur pouvoir ainsi que la base de leurs revenus à partir de tels rites et rituels. Ils utilisent ces rites et rituels ainsi que leur autorité unique pour s'en servir comme facteur de contrôle des masses. C'est de cette façon, dans chaque culture et dans chaque religion, que le pouvoir de la classe des prêtres était établi, comme si c'était l'unique intermédiaire de Dieu. De même, la destruction de toutes les cultures de ce type, a été, historiquement, causée par la classe des prêtres.
Arjuna parle de l'adoration ancestrale et laisse entendre que la lignée des classes mixtes n'a aucun droit de faire des offrandes à ses ancêtres, ce qui conduit à priver les ancêtres de nourriture quand ils partent ; ils seront mécontents et par conséquent, les ancêtres ainsi que les familles pourriront en enfer. Ce n'est pas Arjuna qui parle ainsi. C'est la confusion qui prévaut en chacun de nous à travers les âges c'est ce qu'Arjuna saisit et présente. Il soulève des doutes au nom de l'espèce humaine et cherche à avoir des éclaircissements. La démence n'est pas d'Arjuna mais de l'espèce humaine.
Chaque année j'emmène mes disciples et dévots en pèlerinage aux Himalayas, je les emmène dans les quatre lieux sanctifiés par Adi Sankara, dans le lieu nommé Char Dham. Avant d'entrer dans les temples, Je leur conseille de se méfier des prêtres :' Au nom de Dieu et au nom des écritures, ceux-ci essayent de prendre le maximum de vous. Ce sont d'excellents psychologues, je dirai qu'ils sont encore mieux que les psychologues. Ils peuvent deviner combien d'argent vous avez sur votre compte et vous prescrire des rituels propres à vider complètement votre compte en banque, afin que vous restiez purs.
Je dis aux gens qui me suivent que je ferai les rituels adéquats pour apaiser leurs ancêtres ainsi que leurs esprits. Certains d'entre eux ne sont toujours pas satisfaits. Ils préfèrent que ces rituels soit exécutés par les prêtres officiels et payer des sommes exorbitantes. Les prêtres leur demandent une vache comme donation. Tout cela au nom de Dieu et de la religion.
En fait, l'idée que l'esprit de nos ancêtres attend d'être apaisé par nous est fausse. Si l'esprit est illuminé, il se fond dans l'énergie Infinie. Si non, cet esprit renaît de nouveau en l'espace de trois kshana, c'est-à-dire de trois intervalles entre les pensées. Les esprits ne tournent pas en rond à attendre d'être apaisés. Ils ne vont pas non plus en enfer s'ils ne sont pas apaisés.
L'enfer et le paradis n'existent pas. Ces deux concepts se trouvent dans notre esprit. Nous sommes en enfer quand nous sommes déprimés, coupables et souffrons. Nous sommes au paradis quand nous sommes amoureux, joyeux et reconnaissants. L'enfer et le paradis sont des espaces situés dans notre esprit. Ce ne sont pas des lieux que nous devons aspirer atteindre après la mort. Nous passons à travers l'enfer et le paradis tout en étant dans cette vie jour après jour, heure après heure, minute après minute. Il n'est pas nécessaire d'attendre la mort pour goûter à l'enfer et au paradis ; nous y sommes déjà, maintenant.
Une petite histoire :
Un prêtre attire un grand nombre de disciples leur promettant qu'après la mort qu'il prendrait soin d'eux au paradis. Il leur dit 'servez moi bien, et je prendrai soin de vous dans l'autre vie.'
Le prêtre fini par mourir. Ces deux disciples les plus proches se suicident. Ils étaient sûrs que le prêtre irait au paradis, et ne voulaient pas manquer cette opportunité de le suivre. Donc, ils décident de mourir aussi.
Ils atteignent les portes du paradis. Le prêtre voit ses deux disciples, il est remplit de joie. 'Voyez, je vous avais promis de vous emmener au paradis. Nous y sommes maintenant.'
La personne qui les accueille les emmène en direction d'un immeuble magnifique. Il leur dit que tout ce qu'ils souhaiteraient serait à leur disposition pour leur plus grand plaisir.
Le prêtre et ses disciples étaient plus que ravis. Tout ce qu'ils avaient à faire était d'émettre un souhait et la chose souhaitée était là. La nourriture, la musique, les femmes, le vin, à peine y avaient- ils pensé, cette chose était mise à leur disposition. Ils se firent vraiment plaisir. Nombreuses étaient les choses qu'ils n'avaient pas osé faire sur la terre car il leur fallait présenter un profil acceptable aux portes du paradis ; ici, ils s'y adonnèrent allègrement. De toute façon, ils ne pouvaient plus réprimer leurs désirs car dès qu'un désir se manifestait, il était accompli. Que pouvaient ils faire !
Après quelques jours, ils en eurent assez. Il n'y avait plus rien à faire, aucun effort à fournir. Le fait de tout avoir, servi sur un plateau avant même que le désir en soit formulé s'était transformé en une grande souffrance pour eux. Si c'était cela le paradis, ils en avaient assez !
Ils firent appeler le gardien. A son arrivée, ils lui dirent poliment qu'ils en avaient assez d'être au paradis et qu'ils aimeraient maintenant faire un tour en enfer pour changer.
Le gardien avait l'air confus, puis il comprit. Il leur fit un grand sourire et déclara, 'où pensez vous avoir été pendant tout ce temps ? C'est l'enfer ici !'
Comprenez : l'enfer et le paradis sont nos perceptions !
Les religions et les autorités religieuses ont créé le concept de l'enfer et du paradis comme des facteurs qui provoquent la culpabilité et la motivation, pour contrôler les foules. Ils ont aussi créé le concept du péché. Il n'existe aucun péché au sens spirituel. Là où se trouve le péché existe aussi le mérite. C'est le principe du Tao ; il ne peut exister le bien sans le mal, et le mal sans le bien. Le seul péché dans lequel nous nous trouvons, le péché originel, c'est d'ignorer notre propre divinité.
Arjuna n'est pas bête. Il comprend parfaitement tout cela. Pourtant, il verbalise ses doutes comme s'il ignorait, comme s'il était en pleine démence, comme s'il était confus. Il agit par compassion pour l'humanité, il émet les doutes de l'humanité afin que le Divin puisse répondre à tous.
Un homme prévenant comme Arjuna ne peut parler du manque de chasteté des femmes sans blâmer les hommes qui sont tout aussi responsables. Il laisse apparaître l'attitude de supériorité des hommes, qui, à travers les âges ont traité les femmes comme un bien. Ces derniers porteraient carrément le blâme sur leurs femmes, si les choses devaient tourner mal. Les doutes qu'il émet sont ceux de la société dans laquelle il vit, et ces doutes n'ont pas changé depuis des milliers d'années.