KAILASA Library/Discours sur la Bhagavad Gita Gita - Chapitre 1/Part 3: Discourses on Bhagavad Gita Gita - Chapter 1 - Shastras, Stotras, SutrasSign in
Discours sur la Bhagavad Gita Gita - Chapitre 1

Part 3: Discourses on Bhagavad Gita Gita - Chapter 1 - Shastras, Stotras, Sutras

+lÉ ´ªÉ´ÉκlÉiÉÉxÉ où¹]Âõ´ÉÉ vÉÉiÉÇ®úɹ]ÅõÉxEòÊ{Év´ÉVÉ&* |É´ÉÞkÉä ¶ÉºjÉºÉÆ{ÉÉiÉä vÉxÉÖ¯ût¨ªÉ {ÉÉhb÷´É&1.20

ÊxɽþiªÉ vÉÉiÉÇ®úɹ]ÅõÉzÉ& EòÉ |ÉÒÊiÉ& ºªÉÉVVÉxÉÉnÇùxÉ {ÉÉ{ɨÉä´ÉɸɪÉänùº¨ÉÉx½þi´ÉèiÉÉxÉÉiÉiÉÉʪÉxÉ&

atha vyavasthitan drstva dhartarastran kapi-dhvajah pravrtte sastra-sampate dhanur udyamya pandavah (1.20)

O Roi, à ce moment précis, Arjuna, le fils de Pandu, assis dans son char, arborant le drapeau à l'emblème d'Hanuman, saisit son arc et se prépara à lâcher ses flèches, tout en regardant les fils de Dhritharashtra . Il parla à Krishna en ces termes :

Les deux armées se trouvaient face à face en formation militaire. Les conques avaient retenti avec anticipation. Les guerriers de chaque côté attendaient que leurs commandants donnent le signal pour passer à la première offensive.

Arjuna se trouvait à la tête de l'armée Pandava. Il avait fait résonner sa conque Devadatta quand Krishna fit résonner sa conque Panchajanya.

Arjuna avait pris son arc divin Gandiva et avait placé une flèche sur l'arc. Cependant, au lieu de lancer la flèche, Arjuna regarda en direction de l'armée Kaurava amassée devant lui, avec tous les princes, ses cousins, lui faisant face. Il s'adressa alors à Krishna, son ami, mentor, guide divin et aurige.

Le char d'Arjuna comme nous l'avons vu précédemment était un cadeau d'Agni, le dieu du feu. Le chariot portait le drapeau d'Hanuman, le dieu singe, fils du vent, le dieu Marut, qui était le proche confident et bhakta de Rama, l'incarnation de Vishnu antérieurement à Krishna.

Le Dieu Agni exigea l'aide de Krishna quand Indra, le Chef des demi-dieux, menaça d'éteindre son feu avec de la pluie. Krishna, accompagné d'Arjuna, l'aidèrent en lui offrant une forêt qu'Agni pouvait consumer. Très heureux de cette aide, Agni offrit à Arjuna l'arc Gandiva, des chevaux, un chariot, deux carquois inépuisables et une armure.

Ce char était conduit par quatre chevaux : Saibya de couleur verte, Sugriva de couleur dorée, Meghapuspa, bleu comme un nuage, et Balahaka était blanc.

Un jour, alors que Bhima marchait à travers la forêt, il trouva un vieux singe frêle allongé sur sa route. Il lui demanda de se pousser pour qu'il puisse passer. Le vieux singe déclara alors qu'il était trop faible pour bouger et il suggéra à Bhima de le déplacer. Bhima prit d'abord la queue du singe avec ses doigts, cette dernière ne bougea pas, alors il essaya de nouveau avec plus d'intensité. Même avec toute sa force, Bhima, qui était réputé pour avoir la force de huit mille éléphants, ne pouvait bouger la queue du singe d'un iota. Il comprit alors qu'il avait affaire à un singe des moins ordinaires, le salua, puis lui demanda qui il était.

Le singe déclara qu'il était Hanuman, un autre fils du Dieu du vent ; il était en fait le frère de Bhima. Hanuman bénit Bhima déclarant qu'il serait avec les princes Pandava tout le temps et que lui-même conduirait le char, sous ses couleurs.

On dit que, quel que soit l'endroit où se trouve Hanuman, Rama est présent. Arjuna, par conséquent, n'est pas seulement accompagné de Krishna, mais aussi de son incarnation antérieure Rama.

Arjuna et les princes Pandava sont doublement bénis.

¾þ¹ÉÒEäò¶ÉÆ iÉnùÉ ´ÉÉCªÉʨÉnù¨Éɽþ ¨É½þÒ{ÉiÉä ºÉäxɪÉÉä¯û¦ÉªÉÉä¨ÉÇvªÉä ®úlÉÆ +VÉÖÇxÉ =´ÉÉSɺlÉÉ{ÉªÉ ¨Éä%SªÉÖiÉ

hrsikesam tada vakyam idam aha mahi-pate senayor ubhayor madhye arjuna uvaca ratham sthapaya me achyuta

ªÉÉ´ÉnäùiÉÉÊzÉ®úÒIÉä%½Æþ ªÉÉärÖùEòɨÉÉxÉ´ÉκlÉiÉÉxÉ Eèò¨ÉǪÉÉ ºÉ½þ ªÉÉärù´ªÉ¨Éκ¨Éx®úhɺɨÉÖt¨Éä*

yavad etan nirikse ham yoddhu-kaman avasthitan kair maya saha yoddhavyam asmin rana-samudyame

Arjuna dit : O infaillible, arrête mon char entre les deux armées, afin que je puisse voir ceux qui sont rassemblés ici à faire des commérages sur la guerre, afin que je puisse savoir avec qui il me faut m'engager dans cette bataille.

Toi l'Infaillible, déclare Arjuna à son ami et mentor Krishna, place moi dans une bonne position entre les deux armées afin que je puisse voir par moi-même avec qui je me bats. Permets-moi de voir qui sont ceux qui sont rassemblés sur ce champ de bataille. Qui sont ceux qui ont pris leurs armes pour aller combattre, et qui sont ceux contre lesquels je dois me préparer à me battre. Krishna, montre-moi s'il te plaît, dit-il, montre-moi ceux- là mêmes que je dois vaincre.

Arjuna connaissait tous ceux qui étaient sur le champ de bataille à Kurukshetra, du premier au dernier des hommes. Il n'y avait aucune confusion concernant le clan qu'il devait défendre et le clan contre lequel il devait se battre. Toutes ces décisions, les changements concernant les engagements de loyauté, les abandons, toutes ces choses s'étaient passées au cours des jours précédents la guerre. Les négociations étaient arrivées à leur terme; les limites avaient été bien définies, et parfois même involontairement, dans certains cas.

Cela n'avait aucun sens pour Arjuna, à cette toute dernière minute, qu'il exige que Krishna lui montre clairement contre qui il se battait. C'était comme s'il espérait qu'à la dernière minute quelque chose allait se passer et changerait le cours des évènements. Et si cela devait arriver, il savait très bien que cela se passerait par la grâce de son aurige, ami et guide, Krishna.

C'était comme si Arjuna faisait un appel désespéré à Krishna : 'S'il te plaît montre-moi quelque chose que je ne connais pas; montre-moi quelque chose que Toi seul, l'Infaillible Divin, Toi seul sait. Emmène-moi là où Tu le désires, et montre-moi.'

ªÉÉäiºªÉ¨ÉÉxÉÉxÉ´ÉäIÉä%½Æþ ªÉ iÉä%jÉ ºÉ¨ÉÉMÉiÉÉ&

vÉÉiÉÇ®úɹ]ÅõºªÉ nÖù¤ÉÖÇräùªÉÖÇräù Ê|ɪÉÊSÉEòÒ¹ÉÇ´É&1.23 yotsyamanan avekse aham ya ete atra samagatah dhartarastrasya durbuddher yuddhe priya-cikirsavah

Permets-moi de contempler ceux qui sont venus ici pour combattre, souhaitant faire plaisir à cet esprit malveillant qu'est le fils de Dhritharashtra.

B´É¨ÉÖCiÉÉä ¾þ¹ÉÒEäò¶ÉÉä MÉÖb÷ÉEäò¶ÉäxÉ ¦ÉÉ®úiÉ* ºÉäxɪÉÉä¯û¦ÉªÉÉä¨ÉÇvªÉä ºlÉÉ{ÉʪÉi´ÉÉ ®úlÉÉäkɨɨÉÂ1.24 sanjaya uvaca evam ukto hrsikeso gudakesena bharata senayor ubhayor madhye sthapayitva rathottamam

Arjuna s'étant adressé à lui, Sanjaya déclare : ' O descendants de Bharat', puis Krishna fit avancer le char au milieu des deux armées.

Arjuna commence sur une note de défi. Il déclare qu'il voudrait voir tous ceux qui se sont rassemblés pour le combattre et soutenir l'esprit malveillant Duryodhana. En conséquence, Krishna fit avancer son char entre les deux armées afin qu'Arjuna puisse avoir une vision d'ensemble de tous ceux qui s'étaient rassemblés là.

Arjuna se fait appeler Gudakesa dans ce verset, celui qui a transcendé le sommeil, ou le besoin de dormir. Le sommeil, ici, fait aussi référence à l'esprit inconscient. Tous nos samskaras, les mémoires enfouies, notre système de valeur et nos croyances qui conduisent nos actions, résident dans notre inconscient. Ici on fait référence à Arjuna comme celui qui a conquis ses samskaras, victoire résultant de son abandon total à Krishna.

Krishna se fait appeler Hrishikesa, celui qui contrôle les sens. La relation entre Krishna et Arjuna est la forme la plus élevée d'interaction entre le Divin et l'humain. Un peu plus loin dans une autre partie de la Mahabharata, il existe un incident qui illustre cette relation.

Arjuna marchait avec Krishna. Soudain Krishna montre du doigt un corbeau sur un arbre et déclare à Arjuna : 'Arjuna, regarde ce corbeau vert. Le vois-tu ?'

Arjuna répond immédiatement : 'Oui, Krishna, je vois bien ce corbeau vert'.

Ils continuent d'avancer et un peu plus loin Krishna, une fois de plus lui montre du doigt un corbeau sur un autre arbre et s'exclame : 'Arjuna, vois-tu ce corbeau noir sur cet arbre ?'

Cette fois ci, Arjuna déclare : 'Oui Krishna, je vois effectivement ce corbeau noir.'

Krishna se tourne vers Arjuna et lui dit : 'Arjuna, tu es un imbécile ! Comment est- il possible qu'un corbeau soit vert ? Pourquoi as-tu été d'accord avec moi quand tantôt je t'ai montré un corbeau et que j'ai déclaré qu'il était vert ?'

Arjuna déclare simplement : 'Krishna, quand tu m'as montré le corbeau et dit qu'il était vert, tout ce que mes yeux ont vu était un corbeau vert. Que puis-je faire ?'

Tel était le degré d'abandon d'Arjuna à Krishna. Krishna était vraiment Hrishikesa pour Arjuna, celui qui pouvait contrôler ses sens.

A l'approche du Divin ou d'un Maître, l'étape ultime est l'abandon total. Cet abandon se passe en trois étapes. Au premier niveau, c'est l'abandon intellectuel, l'acceptation intellectuelle du Divin, de ce que représente le Maître et ce qu'il signifie pour vous. Le chercheur véritable atteint ce niveau finalement quand il rencontre le véritable Maître, celui qui lui est destiné. Le chercheur voit dans le Maître des qualités qu'il a toujours recherchées, et des réponses aux questions qui pendant longtemps ont pris naissance dans son esprit.

Au ce niveau d'abandon intellectuel, quand le disciple rencontre son Maître, les questions commencent à se dissiper.

C'est comme si les réponses se manifestaient à l'esprit avant que les questions n'apparaissent.

On ne peut jamais apporter de réponses aux questions. Elles sont une réflexion de la violence intérieure de chacun, la violence de l'égo, souhaitant prouver que l'on peut contrôler une autre personne. Si nous analysons nos propres questions, presque à tous les coups elles ont pour but de dire à une autre personne ce que nous savons déjà, parlant à cette personne de ce qu'elle ne sait pas, plutôt que de chercher à apprendre quelque chose véritablement. Rarement nous posons des questions à la manière d'un enfant, qui pose toujours des questions par simple curiosité. L'enfant peut demander par exemple : 'Pourquoi le ciel est-il bleu ?' L'adulte poserait rarement ce type de questions. A moins que cet adulte soit un scientifique sage dont la curiosité transcende la base de son savoir, alors il cherche vraiment à savoir.

L'abandon intellectuel au Maître remplace les questions par des doutes. Les doutes ne sont pas aussi agressifs que le sont les questions. Ils ne viennent pas de l'ego. Ils proviennent d'un besoin véritable de savoir et de comprendre. Le doute et la foi sont les deux faces de la même pièce. On ne peut pas développer la foi dans un Maître sans avoir des doutes le concernant. En dépit de son niveau élevé d'abandon, on voit effectivement Arjuna dans cet état de questionnement aussi, peut- être une leçon pour nous, simples mortels. Arjuna progresse, tout au long de la Gita, du stade du questionnement au stade le plus élevé de l'abandon intellectuel et des doutes.

Au niveau suivant, on peut atteindre le stade de l'abandon émotionnel. De Sastra on passe à Stotra. On bouge de la tête vers le cœur. On a atteint le but, quand le cœur s'abandonne. Le Maître vous possède, il n'est plus nécessaire de fournir des efforts pour se souvenir de Lui.

Il est impossible de L'oublier. Se souvenir de lui fait venir des larmes aux yeux, des larmes de gratitude qui sont impossibles de cacher.

Ramakrishna déclare magnifiquement, 'Quand on pense au divin ou au Maître, si des larmes vous viennent aux yeux, soyez sûr que c'est la dernière fois que vous naissez.'

L'abandon émotionnel nous conduit tout près de la libération. Il nous emmène au but.

Le dernier niveau correspond à l'abandon des sens. On réalise vraiment Hrishikesa et nous lui abandonnons nos sens afin qu'il puisse les contrôler. Arjuna est à ce niveau d'abandon et, à travers le développement de la Gita, plusieurs couches de l'abandon d'Arjuna sont dévoilées.

Arjuna compare Duryodhana à un esprit méchant. Ceci dans le but de créer un contraste de son état d'esprit par rapport à celui de Duryodhana, et par rapport à celui des princes et des guerriers Kaurava. Quand nous avons un esprit rempli par l'avidité, la convoitise, l'envie et la peur, il existe un intérêt pour les avantages matériels qui doivent provenir de ces émotions négatives et mesquines. Il n'y avait aucune confusion dans l'esprit de Duryodhana concernant ce qu'il allait faire. Ses objectifs étaient clairs : se débarrasser des princes Pandava et usurper entièrement le royaume.

Duryodhana était comme un animal, agissant instinctivement. Contrairement à Arjuna, il n'était pas un homme intelligent et ne souffrait pas du doute et de la culpabilité. Les animaux ne souffrent point de la culpabilité. Ils agissent instinctivement. Ils ne considèrent pas que chasser leur proie soit quelque chose de discutable. S'il leur arrive d'avoir faim, ils chassent, tuent et mangent. C'est ainsi que fonctionne Duryodhana. Il a besoin de pouvoir et, peu importe le moyen pour acquérir ce pouvoir, il l'utilisera sans aucune réserve.

Avec une telle détermination et un tel esprit malveillant, Duryodhana et ses comparses ne souffraient d'aucun doute au niveau de leur conscience. Empêtrés totalement dans l'obscurité de l'inconscience, ces guerriers Kaurava suivirent Duryodhana aveuglément, inconscients que celui qu'ils suivaient était lui-même ' un aveugle.'

D'un autre côté, Arjuna est en ébullition. Krishna arrête leur char entre les deux armées : métaphore qui stipule qu'Il permet à l'esprit d'Arjuna de retrouver son calme.

Duryodhana est dans l'obscurité. Il est dans un état d'absence de pensées, agissant instinctivement comme un animal. Ses mouvements sont complètement inconscients, conduits par ses samskaras. Dans un sens, il n'a pas le contrôle de lui-même ; ses samskaras le contrôlent. Son délire est si fort que les sages conseils, que lui donnent le peu de gens qui osent lui dire que la voie qu'il suit l'emmène à l'auto destruction, tombent dans les oreilles d'un sourd.

Arjuna, d'un autre côté, est dans la pénombre. Contrairement à Duryodhana, il est devenu conscient de ses samskaras, et travaille à leur dissolution afin de se libérer de tout esclavage. Cependant, il n'a toujours pas atteint la lumière.

Le conflit entre Arjuna et Duryodhana est le conflit auquel tous les humains doivent faire face intérieurement avec eux-mêmes. C'est un conflit entre leurs profonds désirs inconscients conduits par leurs samskaras et la conscience potentielle de leur Conscience. La partie qui gagne dépendra de l'aptitude de chacun à s'abandonner à la Super Conscience Divine ou au Maître.

Tant que l'on se trouve dans l'obscurité, la lumière ne peut nous manquer. Quelqu'un qui naît aveugle n'a aucune idée de ce qu'est la vue, ni de ce qui lui manque. Tout ce dont il peut penser manquer est basé sur ce que les autres lui disent, et non sur son expérience personnelle.

Si un aveugle grandit sur une île isolée, il ne saura jamais qu'il est privé du sens de la vue. Les gens comme Duryodhana vivent une vie de ce genre. Leurs esprits sont constamment dans l'obscurité. Ils n'ont jamais fait l'expérience de l'intelligence ni de la conscience. Par conséquent, ce que les autres qualifient d'immoral et considèrent être un manque de respect à l'éthique n'à aucun sens pour eux.

Par contre, quand quelqu'un naît avec le sens de la vue et perd ce sens par la suite, la capacité de voir va lui manquer. La lumière du jour va lui manquer. Il regrettera l'obscurité dans laquelle il se trouve. Il aura peur de cette obscurité, contrairement à une personne aveugle de naissance qui n'aura connu que cet état ; cet état ayant toujours été sa nature même.

Arjuna est dans l'état d'une personne qui a eu la vue et qui l'a perdue. C'est un homme intelligent qui, tout à coup, se rend compte que ce qu'il va éventuellement faire est mauvais et méchant. Donc, il est perturbé.

śrī bhagavān uvāca prajahāti yadā kāmān sarvān pārtha manogatān ātmanyevātmanā tuṣṭaḥ sthitaprajñastadocyate 1.25 duḥkheṣvanudvignamanāḥ sukheṣu vigataspṛhaḥ vītarāgabhayakrodhaḥ sthitadhīrmunirucyate 1.26 yaḥ sarvatrānabhisneha stat tat prāpya śubhāśubham nābhinandati na dveṣṭi tasya prajñā pratiṣṭhitā 1.27 yadā saṃharate cāyaṃ kūrmo'ṅgānīva sarvaśaḥ indriyāṇīndriyārthebhyas tasya prajñā pratiṣṭhitā 1.28 viṣayā vinivartante nirāhārasya dehinaḥ rasavarjaṃ raso'pyasya paraṃ dṛṣṭvā nivartate 1.29 yatato hyapi kaunteya puruṣasya vipaścitaḥ indriyāṇi māthāni haranti prasabhaṃ manaḥ 1.30 bhisma-drona-pramukhatah sarvesham cha mahi-khsitaam uvacha partha pasyaitan samavetan kurun iti (1.25)

tatrapasyat sthitan parthah pitrun atha pitamahan acharyan matulan bhratrun putran pautran sakhims tatha (1.26)

svasuran suhrdas chaiva senayor ubhayor api tan samikshya sa kaunteyah sarvan bandhun avasthitan (1.27) krpaya parayavisto vishidann idam abravit

arjuna uvaca

drstvemam sva-janam krsna yuyutsum samupasthitam (1.28) sidanti mama gatrani mukham ca parisusyati

vepathus ca sarire me roma-harsas ca jayate (1.29) gandivam sramsate hastat tvak caiva paridahyate

na ca saknomy avasthatum bhramativa ca me manah (1.30) nimittani ca pasyami viparitani kesava

En présence de Bhisma, de Drona et de tous les princes de la terre, Hrishikesa dit : « Regarde, O Partha, ces Kurus assemblés. »

Et, là, Partha peut voir, au milieu des deux armées belligérantes,oncles et aïeuls,maîtres, cousins, fils et petits fils, camarades , beaux- pères, bienfaiteurs. Quand le fils de Kunti, Arjuna, vit tous ses amis et proches rassemblés là ; envahi de grande pitié, parla ainsi dans le découragement et la tristesse. Il dit :

'Voyant les miens, O Krishna, ainsi prêts à combattre, mes membres fléchissent et ma bouche se dessèche, mon corps tremble et mes cheveux se dressent ; mon arc Gandiva glisse de mes mains et toute ma peau semble brûler. Je ne puis me tenir debout et mon esprit est pris de vertiges ; je ne vois que des présages funestes, O Keshava.'

Krishna gare le char au milieu des deux armées et déclare à Arjuna : 'Là se trouvent les gens que tu voulais voir.'

Présentement, en face d'Arjuna se trouvent ses amis et parents proches. Krishna n'y est pas allé de mains mortes cette fois- ci. Arjuna voulait voir ceux qui s'apprêtaient à le combattre et à mourir, donc Krishna, sans aucune pitié, lui montre que ces gens sont ses proches et ceux qu'il aime.

Krishna Lui-même était de la famille d'Arjuna.

Kunti, la mère d'Arjuna également connue sous le nom de Pritha, était la tante de Krishna, la sœur du père de Krishna, Vasudeva ; Il s'adresse donc à Arjuna, ici, en tant que fils de Pritha, Partha, accentuant son lien de parenté. Dans la Gita, on fait aussi référence à Krishna en tant que Parthasarathy, l'aurige de Partha qui est Arjuna.

Devant Arjuna étaient rassemblés les compatriotes de son père Pandu, de ses grands pères et aïeuls tel que Bhishma, ses propres professeurs tels que Drona et Kripa, ses oncles tel que Sakuni, ses frères et cousins comme l'étaient tous les princes Kaurava, ses amis et ses admirateurs ; il connaissait chacun d'eux. D'une façon ou d'une autre ils avaient tous montrés de l'affection et du respect à Arjuna. Et maintenant, ils faisaient partie de ses ennemis.

Le thème de la Gita est l'histoire du dilemme d'Arjuna et sa résolution par Krishna.

L'expression du dilemme d'Arjuna commence ici.

En tant que guerrier, en tant que kshatriya, Arjuna avait l'habitude de tuer. Il était très familiarisé avec la violence et avec la mort. Tant que son esprit acceptait le fait que ceux qu'il devait affronter étaient ses ennemis et par conséquent méritaient de mourir, Arjuna n'avait aucun remords à les exécuter.

Cependant, ceux qu'il avait sous les yeux à cet instant n'étaient pas des ennemis comme il l'avait imaginé, comme son esprit l'avait projeté, mais des gens avec qui il avait partagé des liens pendant des années. Ces gens, il les avait considérés avec amour et affection. Ils étaient ses proches ; des gens qui étaient, comme son père, comme ses grands pères, ses oncles, ses frères, ses fils, ses petits fils, liés à lui par le lien du sang. Et bien d'autres parmi eux étaient ses amis avec lesquels il avait créé des liens de loyauté et des liens intimes.

Le dilemme qu'Arjuna devait gérer n'avait rien à voir avec la non violence, ahimsa. En tant que guerrier, en tant que kshatriya, ces mots ne faisaient pas partie de son dictionnaire. Son dilemme était plutôt la violence ; la violence née à partir de l'ego, de son identité. Il pouvait annihiler les gens auxquels il ne s'identifiait pas, mais ne pouvait supporter l'idée de tuer les gens aux quels ils pouvaient s'identifier d'une façon ou d'une autre. Le lien de famille était bien plus fort qu'il ne l'avait imaginé. Ce lien qui avait pris naissance en lui était enraciné dans son ego, et couper ce lien revenait à se détruire lui-même. C'était, là, le dilemme d'Arjuna.

La Grande Guerre de Mahabharata n'avait rien à voir avec la bataille entre les cent princes Kaurava et les cinq princes Pandava. Elle ne concernait ni le bien et le mal, ni la lutte entre ces deux derniers. C'était la guerre engagée à l'intérieur de l'esprit de l'homme, nara, représentée ici par Arjuna faisant face à ce qui était perçu comme bon et ce qui était perçu comme mauvais.

Ce qui suit maintenant est une litanie de fantasmes que l'esprit d'Arjuna tisse en justifiant son dilemme.

Ce qui suit est ce que l'esprit humain fait apparaître constamment comme sa projection des samskaras de l'inconscient, essayant de justifier ses actions.

Sanjaya déclare qu'Arjuna compatissait de douleur. Nombreux sont ceux qui traduisent cela comme de la compassion.

La compassion, la véritable compassion, qui est la marque d'un être illuminé, n'est pas discriminatoire, elle ne fait pas de différence. Pour l'individu qui est vraiment rempli de compassion, le monde dans sa totalité, les êtres vivants et les êtres non vivants, est une extension de son propre Moi. Tout ce qui pourrait blesser le moindre objet présent, telle une personne, le blesserait lui aussi.

Cependant, le sentiment, auquel on fait référence dans ce verset, et que l'on considère comme l'émotion qu'Arjuna a expérimentée en voyant ses parents n'était pas des plus nobles.

L'émotion d'Arjuna était discriminatoire. Il compatissait de douleur pour ceux qui lui faisaient face, pensant qu'ils allaient tous être tués ; il compatissait seulement parce qu il avait affaire à ses parents, car il s'était identifié à eux.

Comme je l'ai mentionné ci-dessus, ce n'était pas de la compassion provenant de ahimsa, mais de la pitié venant de himsa ou de la violence.

Les émotions d'Arjuna venaient de son ego.

La véritable compassion survient d'un état où il n'y a pas d'ego, à partir d'un état de non esprit et de non pensée où les sentiments du concept du 'Je' et du 'mien' ont disparu.

La véritable compassion est un état de béatitude, c'est le véritable état d'abandon à l'univers.

La pitié d'Arjuna prend sa source dans la peur, la peur de perdre son identité, son égo. Arjuna a peur, il est mort de peur. Il déclare que sa gorge est sèche, qu'il a les cheveux dressés sur la tête et que son arc divin glisse entre ses mains moites. Si on ne connaissait pas mieux Arjuna, on le qualifierait de lâche.

Arjuna n'était pas du tout un lâche, il n'avait aucune peur physique pour son propre Moi. Il ne se souciait pas du fait qu'il pourrait être blessé ou qu'il pourrait être tué. En tant que kshatriya des kshatriyas, ces sentiments étaient bien loin de lui. Mais Arjuna avait peur. Il avait peur de briser les lois et l'éthique sociale. Ses valeurs et ses croyances, ses mémoires enfouies dans son subconscient, ses samskaras, lui disaient qu'il faisait quelque chose de mauvais et d'inacceptable. La sensation d'avoir la tête qui tourne, de trembler, d'être étourdi et incapable de penser ou de fonctionner étaient si forte !

Quelque chose de ce genre peut- il vraiment se passer ? Estce qu'un héros, un véritable héros pour lequel la mort est un jeu, qui depuis l'adolescence est entraîné par les plus grands Maîtres, non seulement pour le contrôle de son corps mais aussi pour ce type de situation, comment une telle personne peut- elle perdre son calme et exhiber tous les symptômes d'un lâche apeuré.

La situation d'Arjuna nous montre comment l'esprit peut jouer des tours au plus grand des hommes, comment les samskaras peuvent prendre le contrôle de l'esprit d'une manière si puissante, sans que l'Etre soit même conscient de cela.

Arjuna avait peur d'être tenu responsable de la mort de ses parents, des gens comme son père, son grand père et d'un grand nombre de ses avunculaires. Il craignait, même si les gens ne le blâmaient pas, de ressentir de la culpabilité, de la souffrance et de regretter ses actes pour le reste de sa vie.

La peur de sa potentielle culpabilité était si grande qu'elle menait Arjuna à se conduire comme une espèce de lâche. Tout ce qu'il présageait était le désastre et le mal, le désastre pour lui et son clan, le désastre pour sa réputation, la destruction matérielle tout autour de lui.

A un autre niveau, bien plus profond, Arjuna était terrifié par sa propre destruction. A partir du moment où l'on commence à s'identifier à ses parents, à sa famille, à ses amis et à ses proches, c'est de l'identification matérielle. C'est une identification qui vient de l'ego, à partir du sentiment du concept du ' Je' et du 'mien'.

La possession provient de l'attachement et y conduit.

Le sentiment de posséder quelque chose ne peut exister à moins que l'on soit attaché à cette chose.

Les gens parlent de l'attachement, de l'appréciation et de l'amour. Toutes ces choses ne naissent et ne sont valables que quand la possession en est le résultat. A partir du moment où la personne qui veut être possédée et par conséquent désire être aimée, se retourne et affiche de l'indépendance et souhaite ne plus être possédée, l'estime et l'amour disparaissent.

La possession prend sa source de notre besoin de survie ; à partir de notre Muladhara chakra – le centre énergétique de notre corps qui est bloqué par l'avidité. Ce sentiment primaire nous lie à la Mère Terre, en s'ajoutant à notre lien initial, à nos possessions de base. Du besoin de possession découlent les sentiments de convoitise, d'avidité et de colère.

Souvent, on veut détruire ce que l'on ne peut pas posséder. Les choses que nous ne pouvons pas avoir,' que personne n'en profite !' se dira- t'on. La possession conduit à la violence.

Arjuna est dans cet état d'esprit. Il est pris de cours, à la onzième heure, à la veille de s'engager au combat, parce qu'il est sur le point de détruire : ses propres biens, sa propre famille et une partie de sa propre identité. S'il devait les détruire, il détruirait alors une partie de son propre Moi. En détruisant ceux qui sont apparentés à son père, à son grand père, à son fils, à son frère, à son oncle et à ses amis, il détruirait effectivement son propre corps, son propre esprit, en fait, son propre système.

Il est vrai que quand un proche qui nous est cher meurt, une partie de notre système, de notre esprit et de notre corps meurt en même temps. Arjuna était conscient de cela. Il savait que détruire autant de ses affections et de ses proches, membres de sa famille, laisserait des traces trop importantes sur lui. Ce serait commettre quelque chose qui ressemblerait à un suicide.

Le dilemme d'Arjuna était existentiel. Cela sert à quoi d'éliminer les autres, si cela conduit à s'éliminer soi même ? Ce dilemme prend naissance d'une compréhension partielle, c'est un regard furtif dans la vérité de la Conscience Collective. Si Arjuna devait être aussi peu conscient que ne l'était Duryodhana, ce doute ne lui aurait jamais traversé l'esprit. Si il avait été aussi illuminé que l'était Krishna, la réponse aurait été évidente. Arjuna était entre les deux, ainsi que son dilemme.

Pourquoi devrais-je me détruire ? Dans quel but ? Ce sont là les questions qui naturellement suivent ce type de raisonnement. Arjuna était bien plus sage que de nombreux philosophes modernes en posant ces questions difficiles, sans prendre le risque d'apporter des réponses.

Nombreux sont les philosophes existentialistes et nihilistes, qui conclurent que la vie n'a aucun sens quand ils font face à des doutes similaires. Puisqu'ils n'ont l'humilité d'Arjuna, ou les conseils de Krishna, ils apportent leurs propres réponses à partir d'un raisonnement intellectuel logique, sans en avoir fait l'expérience. Ainsi, ils ont tord.

Arjuna subit un processus de transformation. Il a entamé d'emblée cette guerre avec les simples règles du code de conduite d'un kshatriya. Quand un kshatriya est invité au combat, il doit se battre, c'est son code d'honneur, il en est de même pour les samouraïs. Arjuna n'avait aucun scrupule à agir de la sorte, car il avait été élevé selon ce système de croyances.

Pourtant, il existait un problème, Arjuna était un homme qui pensait. Contrairement à Duryodhana, ou à son propre frère Bhima, il n'était pas homme à manquer de considération. Cette capacité de penser, d'être conscient, était justement l'élément qui le plaçait présentement dans une position difficile. Les doutes l'assaillent. Suis-je vraiment en train de faire ce qui est juste ? Ne suis-je pas en train de m'auto détruire et de détruire tout ce que j'ai toujours défendu, quand je m'engage dans cette guerre contre mes frères ?

Arjuna était devenu un chercheur, un chercheur de la vérité. Il n'était plus satisfait par tout ce qu'il avait assimilé pendant toutes ces années : les Sastras, les Stotras et les Sutras. Il souhaiterait aller au-delà. Comme il avait des doutes, il les questionna. Il faisait face à un dilemme. Vishada, est le nom du premier chapitre de la Gita, Arjuna Vishada Yoga ; Vishada peut signifier plusieurs choses en Sanskrit : le chagrin, la peine, le désespoir, l'abattement, la dépression, le dilemme etc. Ici, ce que nous voyons est le dilemme dans lequel Arjuna se trouve, ne sachant pas si ce qu'on lui avait appris toute sa vie, tout ce qu'il avait cru être la vérité, si tout cela était vraiment la vérité.

La transformation par laquelle Krishna le conduit à travers les dix huit chapitres est la révélation de la vérité à Arjuna, ainsi qu'à l'humanité toute entière.

Jusqu'à présent, on a fait mention de Krishna sous plusieurs noms. Certains de ces noms peuvent se traduire de la façon suivante :

Le mot Krishna en lui-même fait référence à sa couleur bleu foncé, la couleur du ciel, aussi infinie que le ciel. Il signifie également existence et béatitude, sat chit ananda ; ou encore celui qui pourvoit au salut de ceux qui s'abandonnent à Lui.

Kesava, le nom par lequel il se fait appeler dans les versets ci-dessus, fait référence au fait qu'il a détruit le démon Késin. Ce nom fait aussi référence à ses cheveux magnifiques, à l'incarnation de la trinité en Lui, la trinité de Brahma, Vishnu et Siva, le mot Sanskrit pour K fait référence à Brahma, A se rapporte à Vishnu et Isa à Siva.

Govinda est une combinaison de 'go' qui fait allusion à tous les être vivants et de 'vinda' qui signifie connaisseur, Krishna étant l'ultime connaisseur de l'esprit, du corps et de l'être de toutes créatures vivantes.

ना चायोऽनुपश्यामि हवा स्व-जनम अहावे ना काड्क्षे विजयम कृष्णा ना चा राज्यम सुखानी चा 1.31

*na ca sreyo 'nupasyami hatva sva-janam ahave na kankse vijayam krsna na ca rajyam sukhani ca (1.31)*

Je ne vois vraiment pas ce qui peut y avoir de bon à tuer mes propres parents dans cette bataille, et je ne peux, non plus, mon cher Krishna, désirer une quelconque victoire par la suite, ni un royaume, ou le bonheur.

किम नो राज्येना गोविंदा किम भोगै जिवितेना वा 1.32

kim no rajyena govinda kim bhogair jivitena va (1.32)

A quoi servent Royaume, plaisirs ou même la vie, Krishna ?

Arjuna à ce moment précis commence à développer ses propres thèmes en détails. Il commence à exprimer ses doutes avec clarté. On peut se demander comment des doutes peuvent être clairs.

Les doutes doivent être clairs s'ils doivent être résolus. Les doutes qui ne sont pas clairs conduisent à plus de confusion. Les êtres inintelligents ont des doutes qui ne sont pas clairs. Les doutes d'Arjuna étaient clairs.

Comment pouvait il chercher le bonheur en détruisant sa famille, demandait- t-il, comment serait- il possible que quoi que se soit de bon puisse provenir de cette action ? Comment pouvait- il désirer le pouvoir, les biens, à travers un tel acte ? Et si effectivement il acquérait le pouvoir, les biens et les plaisirs, à quoi lui servirait une telle vie ?

Des doutes si retentissants avec une telle réverbérante clarté !

Bien qu'Arjuna fit face à un dilemme, ce dilemme prenait sa source de son intelligence, et non de son ignorance.

Toute sa vie on lui avait appris à être en quête du pouvoir, des biens et des plaisirs, c'est ce qu'il avait. Jusque là il n'était jamais tombé dans une situation où le prix pour acquérir toutes ces choses semblait être plus élevé que le profit final, que la joie qui en découle. Il se peut qu'il ne se soit jamais donné la peine d'évaluer les coûts auparavant.

Pour la première fois, il fait face à une situation qui l'oblige à évaluer ses options.

Dois-je poursuivre vers l'avant et détruire tout ce qui m'est chers afin d'obtenir plus de pouvoir et apparemment plus de plaisirs, se demande- t il. C'est une question fondamentale que chacun de nous devrait se poser quotidiennement pour chaque action que nous faisons. Combien de fois ne nous sommes nous pas embarqués dans des activités que nous pensons en valoir la peine, des activités qui nous garantissent plus d'avantages matériels bien que nous sachions que ces derniers pourraient porter atteintes à notre vie ?

La vie devient très mécanique pour certaine personne. On se rappelle le passé d'une manière précise et on extrapole sur le futur. Si le souvenir du passé est douloureux, alors on évite de le projeter dans le futur. Si ce souvenir est une pensée heureuse, nous cherchons alors à la dupliquer. On évite de projeter dans le futur le regret et la culpabilité, alors que le bonheur est bien accueilli. Le problème c'est que la vie n'est pas prévisible. Il existe un autre problème et non des moindres : nous sommes si conditionnés par nos habitudes comportementales qu'en dépit de toutes les précautions prises, nous continuons à répéter les mêmes erreurs. Nos samskaras, l'inconscient, les profonds désirs qui nous conduisent, assurent ce processus.

Limité est le nombre des gens qui s'arrêtent pour penser, et se questionner sur le but de ce qu'ils font. Même les questions les plus simples comme, pour commencer, pourquoi ils sont ici-bas. Nous sommes tous si préoccupés à courir vers les mêmes objectifs, que l'action de courir semble être suffisamment satisfaisante, ce qui signifie que nous sommes véritablement en train d'aller quelque part. Si on étudie, rentrer dans une école ou une université est le facteur le plus important, et non ce que l'on projette d'étudier. Si on est à la recherche d'un emploi, ce sont les bénéfices matériels qui en sont l'intérêt, et non de savoir si le travail en lui-même procurera du bonheur ou si l'on est passionné par ce travail.

Cela demande beaucoup de courage de s'arrêter et de se poser des questions, pour dire : 'Stop !', au monde, 'Je veux un break ! Je veux me retirer de ce monde afin de rechercher le bonheur intérieur'.

Les Sanyasins sont des gens très courageux, ce ne sont pas des lâches. Cela demande beaucoup de courage de se couper du monde matériel et des relations familiales et partir dans la direction de l'inconnu, en direction de nulle part, sans rien sinon une foi aveugle et l'espoir de découvrir la félicité intérieure. Cela demande un courage énorme de quitter le monde matériel avec l'attitude du chercheur qui part en quête du vrai but de sa vie.

'Quel est le but de ma vie Krishna', gémit Arjuna. C'était un homme courageux. Seul un homme courageux aura la confiance de s'ouvrir et d'être si transparent, si nu pour exposer ses peurs profondes et demander de l'aide. Arjuna n'était pas dépressif ni frustré, et il n'avait pas non plus peur comme on l'entend habituellement.

Il était confus, mais d'une manière différente de Duryodhana. Il n'était pas confus entre le bien et le mal. Sa confusion venait du fait que toute sa vie on lui avait appris à être juste ; maintenant, après une profonde introspection, tout lui paraissait injuste. Cela pouvait-il être possible ? Se demandait-t' il.

Arjuna avait entre les mains un problème de vie et de mort. D'une façon pertinente, il consulta Govinda, celui qui connaît tous les êtres vivants, pour avoir des conseils éclairés. Il était le seul à pouvoir donner des réponses aux doutes d'Arjuna.

येसाम अर्थे कान्क्षितम नो राज्यम भोगा सुखानी चा ता इमे अवस्थाता युद्धे प्राणम त्यक्तवा धनानी चा 1.33

*yesam arthe kanksitam no rajyam bhogah sukhani cha ta ime 'avasthita yuddhe pranams tyaktva dhanani ca (1.33)*

आचार्यः पितारः पुत्रस तथैव चा पितामहाः मातुलः स्वसुरः पौत्रः स्यालाः सम्बन्धिनस तथा 1.34

*acharyah pitarah putras tathaiva cha pitamahah matulah svasurah pautrah syalah sambandhinas tatha (1.34)*

एतान ना हंतुम इच्छाामि घ्नतो 'पि मधुसूदना आपि त्रैलोक्य-राज्यस्य हेतोः किम नु महि कृते 1.35

*etan na hantum icchami ghnato 'pi madhusudana api trailokya-rajyasya hetoh kim nu mahi-krte (1.35)*

Ceux pour qui nous recherchons royaumes, joie et bonheur, tous ceux- là, pour qui nous nous démenons, sont déployés sur ce champ de bataille, prêts à perdre leurs vies et leurs richesses.

Même si j'étais sacrifié par mes Maîtres, pères, fils, grands pères, oncles maternelles, beaux- parents, petits fils, beaux frères et tous mes proches, je n'aimerais pas les sacrifier, même pour prendre le contrôle des trois mondes. Pourquoi alors, Madhusudhana, devrais- je les tuer, pour prendre le contrôle de la terre ?

Arjuna commence à expliquer son dilemme ici.

Il explique que la raison pour laquelle il devrait rechercher le pouvoir et la richesse à travers le royaume, la joie à travers des possessions, et le bonheur, étaient au nom de ceux qu'il aimait. Pourtant, ces gens étaient maintenant rassemblés sur le champ de bataille prêt à perdre leurs vies et perdre tous leurs biens. C'étaient les Maîtres, pères, grands pères, oncles, beaux pères, petits fils, beaux frères, et autres proches, tous ceux qui étaient liés à lui par le sang.

Arjuna déclare que, même s'il devait être tué par eux, à aucun prix, même pour sauver sa propre vie, il n'envisagerait jamais de leur ôter la vie, même si dans le processus il devait rentrer en possession des trois mondes. Il questionne alors Krishna sans vraiment attendre de réponse : pourquoi devrait-il les détruire au nom de ce seul monde, la Terre ?

Même quand il pose cette question, Arjuna utilise le nom de Madhusudana pour Krishna, ce qui signifie le tueur du démon Madhu. Arjuna sous entend qu'il se peut que Krishna soit un tueur, mais il ne voudrait sûrement pas être un tueur comme Arjuna.

Le dilemme d'Arjuna était maintenant devenu plus profond et plus compliqué. Il avait maintenant atteint le stade où il donnait les raisons pour lesquelles il ne devait pas tuer, des justifications qui ne s'expliqueraient pas du point de vue d'un guerrier.

Antérieurement, le dilemme d'Arjuna était lié aux systèmes de valeur dans lequel il avait été élevé.

En tant que Kshatriya ces systèmes de valeur exigent qu'il détruise l'ennemi et s'approprie des biens. Ce dilemme était créé du fait que ses ennemis étaient ses parents, maîtres et amis. En tant que doute, son dilemme avait une raison d'exister. Maintenant, il essaye de se convaincre en utilisant des arguments plus approfondis, qui ne tiennent pas la route.

Arjuna déclare qu'il préférerait être tué par ses maîtres, amis et parents plutôt que de les tuer, même en cas de légitime défense ou pour posséder les trois mondes.

Pas même la plus grande des grandes richesses, le pouvoir et le plaisir, déclare-t'il, ne le pousserait à détruire ces gens, même s'ils avaient résolument l'intention de le tuer.

Il se sacrifierait plutôt que de se défendre, si cet effort de se défendre devait leur faire du tord.

L'esprit d'Arjuna était en train de lui jouer des tours.

C'est ce genre de jeu banal que nous jouons avec nous-mêmes.

Quand l'enjeu est élevé, peu importe le type d'environnement concurrentiel ; quand il est trop élevé, pour nous consoler, nous fantasmons sur des récompenses bien plus grandes, que celles qui ont la possibilité de se matérialiser ; en réalité, plus c'est irréel mieux cela vaut, c'est la plus facile des solutions que nous choisissons au lieu de faire une croix sur elles. Puis, nous trouvons des raisons pour expliquer pourquoi ces récompenses, quoique bien meilleures, ne devraient pas être attrayantes pour nous, en comparaison avec les risques qu'il nous faut engager.

Dès que nous nous sommes convaincus de ce sacrifice imaginaire de récompenses imaginaires, nous trouvons plus facile de fuir le plus réaliste et le plus difficile défi que nous avons à notre portée. Arjuna est en train de jouer à ce même jeu.

Arjuna déclare qu'il ne tuerait pas, même s'il devait être tué. C'est un mensonge manifeste que son esprit lui impose.

Si la crainte initiale d'Arjuna était la destruction de sa propre identité après avoir détruit ses parents, par conséquent, si c'était quelque chose qu'il désirait vraiment éviter, ce fait en lui-même aurait quelque mérite. Déclarer qu'il se sacrifierait pour une cause qui est bien moins noble est purement et simplement un expédient. Il est improbable que quiconque puisse croire Arjuna, sauf si on accepte cela comme le signe d'un esprit en pleine démence, perturbé par l'ampleur de la tâche à accomplir.

Puis il continue en déclarant qu'il n'envisagerait pas de tuer ses parents et ses maîtres, même si, en retour, on lui offrait les trois mondes de cet univers, même une récompense d'une telle envergure, après avoir accompli sa mission, ne l'attirerait pas. Pourquoi alors pose- t'il la question ? En quoi n'avoir que la Terre en récompense, aurait-il de l'intérêt pour lui ?

Il aurait été plus pertinent de savoir qui offrirait à Arjuna les trois mondes comme récompense après avoir détruit ses parents. C'était une pure invention de son imagination excitée, sans le moindre mérite. Si Krishna devait à ce stade se retourner pour n'offrir, en fait, à Arjuna que cela, c'est-àdire le contrôle de l'univers, le dilemme de ce dernier serait pire encore. Posée, toutefois, comme une question rhétorique, aucune réponse n'était en fait attendue.

Il existe un conte populaire en Tamil, dans lequel un chacal offre des fruits à un corbeau essayant de le séduire pour finalement le capturer. L'intérêt du corbeau est égal à son intelligence. Il décline l'offre et se console en déclarant que le fruit est amer, autrement le chacal aurait mangé le fruit au lieu de le lui offrir. 'Oh, Oh, ce fruit est amer', déclare l'oiseau, 'Je n'en veux pas'.

Le conte d'Arjuna est similaire. Il se console avec le sentiment que, même si on lui offrait le contrôle de tout l'univers, il ne serait pas tenté. C'est un pari sûr qu'il prend, puisque les chances qu'on lui fasse une telle récompense, après avoir tué ses parents, sont infiniment minimes. Ce qui compte c'est que cela soulage son esprit meurtri.

A maintes reprises, les gens jouent à ce jeu avec eux-mêmes et avec les autres. C'est le jeu que joue tout le monde, par conséquent il est accepté.

Le point de départ ici est que nous ne pouvons faire face à la vérité et donc nous ne pouvons pas dire la vérité. La vérité est dangereuse, à la fois pour celui qui la déclare et aussi pour celui qui l'entend. Donc, nous apprenons à camoufler la vérité, d'une manière plus acceptable.

Si on devait dire la vérité, la peur d'Arjuna serait liée à la perte de sa propre identité, par la destruction de ses parents. Toutefois, cette vérité l'aurait blessé. Il se peut qu'Arjuna luimême ne soit pas conscient de cette vérité du fait qu'elle était si bien cachée dans son inconscient. Donc, il a trouvé plus intéressant d'inventer une foule de raisons incluant des possibilités de ce qui auraient pu se passer afin d'éviter de faire face à la vérité.

Cela me fait penser à ce qui s'est passé à l'Ashram un jour : Un officier du Gouvernement, un disciple, m'appelle désespérément au milieu de la nuit. ' Il faut que je vous voie tout de suite' déclare t il, 'Je suis désespéré, il se peut même que je mette un terme à ma vie. C'est une question de vie ou de mort. Il faut que je vous voie immédiatement.'

Je lui ai parlé pendant un moment et finalement j'ai réussi à le calmer et j'ai suggéré qu'il passe me voir le lendemain.

'Non, non' Répond-il, 'Je ne peux pas venir demain matin. J'ai des réunions importantes que je ne peux me permettre de manquer. Je viendrai vous voir une autre fois.'

Peu de temps avant, me voir était une question de vie ou de mort. Maintenant qu'il était calmé, ses réunions du lendemain matin étaient devenues plus importantes.

Nous créons des illusions dans notre esprit concernant les situations auxquelles nous devons faire face selon leur importance dans notre existence, et nous bâtissons des châteaux imaginaires dans lesquels nous vivrons heureux tout le temps après ou dans lesquels nous serions emprisonnés pour l'éternité. Nous faisons un peu de tout, sauf faire face au moment présent.

Comme nous le voyons plus loin, c'est ce que Krishna oblige Arjuna à faire. Il le force à faire face au moment présent et quand Arjuna y arrive, ses doutes et illusions s'éclaircissent.

Arjuna comprend ce qu'il doit faire et s'en va dans ce sens avec détermination et sans faire d'histoire.

nihatya dhartarastran nah ka pritih syaj janardana papam evasrayed asman hatvaitan atatayinah

Quels plaisirs pourront être nôtres, O Janardana , quand nous aurons tué les fils de Dhritarashtra? Le péché nous saisira si nous les tuons, bien qu'ils soient les agresseurs.

iɺ¨ÉÉxÉɽþÉÇ ´ÉªÉÆ ½þxiÉÖÆ vÉÉiÉÇ®úɹ]ÅõÉxº´Éù¤ÉÉxvÉ´ÉÉxÉÂ

º´ÉVÉxÉÆ ʽþ EòlÉÆ ½þi´ÉÉ ºÉÖÊJÉxÉ& ºªÉÉ¨É ¨ÉÉvÉ´É1.37

tasman narha vayam hantum dhartarastran sa-bandhavan sva-janam hi katham hatva sukhinah syama madhava

Aussi, pour nous, ne sied-il pas de tuer les fils de Dhritarashtra, nos parents ; en vérité, comment pourrions-nous être heureux, O Madhava, tuant notre propre famille ?

C'était le dilemme d'Arjuna. Deux options se présentaient à lui. La première était d'être convaincu que d'aller se battre, particulièrement contre sa propre famille, était une mauvaise chose, donc il devait s'arrêter et désister, quitter le champ de bataille. Tous les arguments qu'il avance vont dans ce sens. En même temps, Arjuna était ouvert pour se laisser convaincre que ce qu'il avait prévu de faire était en fait correct, et dans ce cas il retournerait au combat, comme un kshatriya de naissance le ferait.

Arjuna était- il vraiment convaincu que cette guerre contre sa famille était une mauvaise chose ?... Autrement il n'aurait pas fait tout ce chemin jusqu'au champ de bataille pour s'engager dans la guerre. Etait-ce son esprit conscient qui soulevait la question et lui faisait prendre conscience qu'il se pourrait qu'il fasse quelque chose de mauvais en suivant les traditions établies par ce qu'il avait appris dans le passé ? C'était tout à son honneur d'écouter ce que son esprit avait à dire, il voulait résoudre ce dilemme.

A cet instant l'esprit d'Arjuna soulève un argument supplémentaire. Arjuna déclare qu'il était possible que Duryodhana et ses cohortes soient les agresseurs et ceux qui s'étaient mal comportés. Peu importe ce qu'ils lui avaient avait fait ainsi qu'à ses frères, et à sa femme, ils étaient impardonnables, et il fallait qu'ils soient punis pour cela. Au moins, c'était ce que les lois du pays stipulaient. Arjuna aurait eu de bonnes raisons d'attaquer et de tuer ces gens pour ce qu'ils avaient fait, ces gens de mauvaise conduite. Mais, il se demande, si quelque chose de mauvais pouvait être corrigé par une autre mauvaise chose ; même si c'était justifié, sa revanche serait toujours un péché.

'Comment puis-je être heureux de tuer mes parents', se demande Arjuna, 'Même si j'ai toutes les raisons de le faire ? On ne peut remédier à leurs méfaits par des méfaits et cela ne fera que me rendre plus triste.'

Au centre du dilemme d'Arjuna deux facteurs :

Le premier est conjonctif. Le problème auquel doit faire face Arjuna est identique au problème auquel nous devons tous faire face quand on nous demande de faire des choses déplaisantes aux gens que nous connaissons. Il est toujours plus facile de critiquer et de punir les gens quand on ne les connaît pas. Être anonyme c'est être intrépide. Mais avec les gens que nous connaissons, avec lesquels nous avons établi des liens de connexion et d'amitié, il existe un danger de perdre cette conjonction si nous devions y mettre un terme par ce que nous percevons avoir un comportement négatif, même quand cela parait parfaitement justifié.

Pour faire face à ce facteur d'un dilemme, on doit d'abord briser la conjonction, ou développer un sens de détachement qui puisse permettre à ce qui doit se faire de se dérouler sans se soucier des conséquences. On suit le processus et le chemin, et on laisse le résultat à la charge du processus. Tant que le chemin est juste, peu importe la destination, ce sera toujours le bon chemin pour nous.

A travers les âges, cette conjonction a été brisée par la séparation religieuse et sociale. Contrairement à tout ce que l'on pourrait dire, la religion sépare, elle crée des ségrégations, elle détruit.

A travers les âges bien plus de gens ont trouvé la mort à cause de conflits religieux que pour aucune autre raison. Comme Lénine l'a fait remarqué magnifiquement, la religion est l'opium qui émousse notre sensibilité et nous transforme en un autre humain, et permet que l'on maltraite, mutile et tue nos semblables. Les terroristes sont seulement la représentation moderne de ce qui s'est passé pendant des siècles dans un grand nombre de pays au nom de la religion, ce n'est pas un phénomène nouveau. Se détruire mutuellement a toujours existé à travers les siècles, au sein de la religion à travers les séparations créées artificiellement entre les religions, au nom de mon Dieu et au nom du Dieu de l'autre.

Quand les raisons de la religion pour tuer ont été insuffisantes, l'homme a trouvé des raisons rationnelles pour créer des ségrégations et tuer : la couleur de la peau, le langage, la différence culturelle, les différences régionales ; tout ce qui pouvait différencier, constituant une raison suffisante pour discriminer et détruire.

En dehors de Bharat, il se peut que tous les hindous se rassemblent contre une autre nationalité, une autre race, comme c'est le cas lors d'un match de cricket ou de football. Une fois de retour en Bharat, nous commençons à parler en termes d'hindous du nord et d'hindous du sud. Si nous avons affaire à un hindou du sud qui rentre à la maison, le problème est de savoir si cette personne est un Tamoul, Telugou, Malayalais ou Kannadigais. Si cette personne est Tamoul, et une autre est Hindoue la question dans ce cas est de savoir de quelle caste vient cette personne. Si on a affaire à un brahmin, la question est de savoir si cette personne est un iyer ou un iyengar, un vadakalai ou un thenkalai.

La différenciation continue jusqu'à ce que le plus petit dénominateur de base soit identifié, comme cela se passe dans la tribu ou la famille. Tous ceux que l'on n'arrive pas à identifier, sont considérés comme des outsiders, des indésirables, que l'on n'aime pas, sur lesquels on ne peut pas compter ; on peut s'en dispenser au niveau du subconscient.

Pour surmonter cette cassure conjonctive, il nous faut réaliser qu'aucun homme n'est une île indépendante, comme John Dunne l'avait si magnifiquement déclaré. Nous sommes tous interconnectés. Nous sommes interconnectés au niveau spirituel. De récentes découvertes montrent que nous sommes aussi connectés au niveau cellulaire. Des études en biologie menées sur les cellules moléculaires par des scientifiques avant gardistes tel que Bruce Lipton démontre que Darwin s'est trompé en déclarant qu'il nous faut lutter pour survivre. En fait, il nous faut collaborer pour survivre, c'est ce que font les cellules. Elles savent intuitivement qu'elles sont interconnectées, qu'elles font partie de la Conscience Collective.

Quand nous arrivons sur la planète terre nous sommes ouverts à toutes sortes de possibilités. Nous sommes centrés sur nous même comme le sont les enfants d'une façon très simple et ouverts à toutes connections. C'est comme si nous sommes un espace ouvert auquel personne ne peut avoir accès. A mesure que le temps passe, nous bâtissons des murs. Nous bâtissons des murs en imaginant que ces derniers vont nous protéger intérieurement et que les connections à l'intérieur de ces murs sont notre responsabilité. L'un après l'autre l'espace ouvert avec lequel nous avons commencé devient un labyrinthe. Nous ne savons pas comment en sortir et si effectivement, nous arrivons à en sortir, nous ne savons pas comment y rentrer de nouveau.

Dans le monde matériel, le monde des entreprises, c'est pire encore. Nous pensons que de tels murs, de telles barrières de fonction, le domaine et la géographie sont intrinsèques au succès de toute entreprise. Nous croyons que sans de telles spécialisations, sans de telles ségrégations, telle que l'individualisation, les gens ne peuvent être efficaces. Nous oublions que travailler efficacement et non pas d'une manière efficiente est bien pire encore. C'est comme courir aussi rapidement que vous le pouvez avec un bandeau sur les yeux, sans même savoir dans quelle direction vous courez et pourquoi. Pourtant, de nos jours on récompense les gens quand ils sprintent aveuglément.

Et tout à coup, une personne à moitié aveugle au milieu de tous ces aveugles se réveille et se demande pourquoi n'y a t'il pas de communication entre les gens qui travaillent en apparence avec le même objectif. Il trouve les gens en toute sécurité dans un cocon de silo, tous seuls, prétendant être à l'aise et efficace. Ils ne savent même pas qui se trouve dans l'autre silo, en fait, ils s'en moquent. Ils deviennent des îles.

Les silos ont besoin d'être détruits. Les îles ont besoin d'être liées. Les gens ont besoin de communiquer et de collaborer au lieu de s'isoler et de se concurrencer. Au niveau cellulaire le plus basique, on a trouvé que les cellules aiment se rassembler pour former des bouquets, de petites unités qui peuvent communiquer. On a découvert que les cellules communiquent à travers leurs membranes circulaires et non par leur noyau comme on l'avait présumé auparavant. De telles découvertes biologiques, comme celle de Bruce Lipton, remettent en question la théorie de Darwin. La lutte n'assure pas la survie, mais la collaboration assure cette survie de l'espèce, ainsi que la communication.

Cependant, l'attachement basé sur l'attente de résultats devient contre productif. Tant que cette collaboration est désintéressée, tant qu'elle a pour objectif le bien et la survie collective à partir d'une véritable prise de conscience, établissant que nous formons tous partie de la Conscience Collective, cette collaboration est extrêmement efficace.

Arjuna doit encore atteindre ce niveau. Il est encore au niveau du silo, où il a stocké tous ses parents dans ses propres silos.

L'autre facteur auquel Arjuna doit faire face est le problème de l'action directe. Dans ce type de guerre dans laquelle se trouve Arjuna, les conséquences de ses actions étaient claires. S'il lançait une flèche et tuait un des siens, la mort aurait été attribuée à son action. C'est bien différent de ce qu'est la guerre aujourd'hui. Appuyer sur un bouton pourrait avoir comme résultat la mort de millions de gens. Il existe un arsenal nucléaire suffisant, stocké à travers le monde aujourd'hui qui pourrait détruire la planète plusieurs fois. Tout ce qui est nécessaire de faire, c'est de trouver un esprit dérangé pour appuyer sur ce bouton, sans aucun sentiment de responsabilité. La destruction n'est pas directe dans ce cas. Personne n'a besoin de prendre de responsabilité. Toutes les guerres modernes sont impersonnelles et immorales.

Il en est de même pour le commerce moderne. Les gens qui dirigent les entreprises ainsi que les gens qui les servent, deviennent pour la plupart anonymes. Les décisions sont prises à des niveaux où il n'existe aucun contact avec ceux qui vont être affectés par ces décisions. C'est la raison pour laquelle, de nos jours, tant de dégâts sont perpétrés dans l'environnement par les entreprises et les industries. Personne n'est responsable. Toutes les décisions sont prises par un conseil, ainsi, personne ne peut être montré du doigt en tant que coupable. Une entreprise ou un groupement d'entreprises devient anonyme et, par conséquent, elle ne craint rien.

Elle devient aussi sans morale et sans éthique. C'est une création humaine qui n'est plus humaine.

En définitive les gens qui exécutent les décisions répondent comme des robots et ont l'air hébété si on leur pose des questions ; 'Nous ne sommes pas responsables, nous ne faisons qu'obéir aux ordres', répondent-ils. Quand les décisions deviennent impersonnelles, elles deviennent immorales et sans éthique. Ceci est vrai quelque soir le type d'organisation, de groupement, de politique, de société et de religion. Quand les leaders Nazi d'Hitler furent capturer et emmenés devant le tribunal de Nuremberg, les justifications et les raisons évoquées étaient les mêmes, de plus, elles étaient simplement désarmantes. Nous ne faisions qu'exécuter les ordres, par conséquent, nous ne sommes pas responsables.

C'est cette nature impersonnelle de se tuer mutuellement, de se faire du tord, à distance, sans même savoir qui détruit qui. La guerre, le terrorisme, ainsi que le business, sont, de nos jours, les plus terribles outils de destruction. Quand Hitler perpétra le génocide de millions de Juifs, il n'a pas été obligé de regarder dans les yeux chacune de ses victimes. S'il avait été obligé de le faire, même pour un monstre mentalement dérangé, cela aurait été sans doute une tâche plus difficile à réaliser. Détruire un autre être vivant de cette vaste Conscience Collective détruit quelque chose à l'intérieur de celui qui détruit. A chacune de ces destructions, quelque chose à l'intérieur de celui qui tue se fane et meurt. Cependant, quand le meurtre commis de très loin, l'impact est diminué et retardé.

Arjuna n'avait pas le luxe de détruire à distance. Il lui fallait regarder la victime dans les yeux avant de lâcher sa flèche. Il était conscient de celui qu'il tuait et de la raison. Il ressentait la destruction en lui toutes les fois qu'il tuait un autre être vivant.

La combinaison de ces deux facteurs, c'est-à-dire : être connecté à sa parenté (ceux la même qu'il devait tuer), et, la nécessité de tuer directement et personnellement, affectait Arjuna. Cela l'affectait car il n'était pas un Duryodhana, qui avait effacé de son esprit les conséquences de ses actions. Cela affectait Arjuna, car il n'était pas un Krishna, qui aurait pris la responsabilité de ses actes, en étant conscient tout le temps. Arjuna n'était ni Krishna ni Duryodhana. Son esprit ne cessait de lui dire qu'il était peut-être en train de faire quelque chose de mauvais, mais, son esprit n'avait toujours pas transcendé et atteint cet état de conscience nécessaire pour faire face à la responsabilité de ses actions.

C'était là le dilemme d'Arjuna.

यद्यप्येते न पश्यन्ति लोभोपहतचेतसः । कलक्षयकुतं दोषं मित्रद्रोहे च पातकम।।

yady apy ete na pasyanti lobhopahata-cetasah kula-ksaya-krtam dosam mitra-drohe ca patakam

कथं न ज्ञेयमस्माभिः पापादरस्मान्निवर्तितुम। कलक्षयकुतं दोषं प्रपश्यदभिर्जनार्दन।।१.३९ ।। katham na jneyam asmabhih papad asman nivartitum kula-ksaya-krtam dosam prapasyadbhir janardana (1.39)

O Janardana, bien que ces hommes, rongés par la convoitise, ne voient nul péché à détruire leur propre famille, nul crime à combattre des amis ; pourquoi nous, qui comprenons le tort de la destruction d'une dynastie, n'aurions nous pas la sagesse de nous détourner de ces actes ?

Arjuna a désormais pris de la distance par rapport à sa famille. Tantôt, il avait déclaré que même si sa famille avait fait de grandes erreurs, il ne devait pas répéter ces mêmes erreurs. Et il ne le ferait pas, même si on lui offrait l'univers entier en retour. Il se pose la question à savoir quelle joie éprouvera- t il à détruire ses parents et, quel serait le but de sa vie s'il les tuait tous.

Maintenant il déclare que ses parents sont dans l'obscurité, ne voient aucun mal à s'entretuer ainsi qu'à détruire les leurs. Ils sont aveuglés par l'avidité du pouvoir et la soif de contrôle. Ils sont dirigés par un égo aveugle… Il demande à Krishna, 'devrions-nous nous éloignés de ces gens et de leur attitude, nous qui ne sommes pas dans l'ignorance, nous qui ne sommes ni dans l'obscurité ni dans l'aveuglement.'

Arjuna suppliait Krishna, 'S'il te plaît ais-je raison ? S'il te plaît devrais-je me retirer de cette bataille ?

Les gens qu'il qualifiait d'ignorants, rempli d'avidité, étaient les mêmes pères, grands pères, Maîtres, oncles et amis dont il avait fait référence si passionnément quelques minutes auparavant. Ce sont ces mêmes gens pour lesquels il avait déclaré avoir du respect, de l'affection, il ne souhaitait pas les tuer. Il avait changé maintenant et était passer au stade de ne de ne pas les tuer car ils étaient sa chair et son sang à un stade morale bien plus élevé parce que ne pas les tuer était moralement répréhensible.

Arjuna déclare que la destruction de la lignée, de la dynastie est une chose mauvaise, et qu'il reculait devant un tel acte, bien que ses adversaires n'avaient aucun scrupule, aveuglés comme ils l'étaient par l'avidité.

Il était passé à un niveau plus élevé de la famille et du lien de consanguinité au lien de la descendance et de la dynastie. A ce moment précis le problème était la tradition et le respect pour la kula, la lignée que l'on pouvait retracé jusqu'à la lune, et une tradition vieille comme le monde, ce serait un péché de la démanteler ou de la détruire.

Le dilemme d'Arjuna se présentait sous un format bien plus large ; il ne concernait plus les individus, mais la destruction d'une race qui existait depuis des millénaires, d'une race que l'on pouvait retracer jusqu'à l'époque des êtres célestes. Comment pouvait on s'attendre à ce qu'il commette un acte si lâche, se demandait- t'il tout en plaidant.

Dans l'esprit d'Arjuna, ce doute était très pertinent. Tuer quelques personnes, même si ces personnes étaient ses parents, était une erreur. Tuer toute une génération était un péché encore plus grand, et maintenant on s'attendait à ce qu'il détruise toute une race, la fondation même d'une dynastie légendaire et fière. Comment la génération à venir pourrait-elle le lui pardonner ?

C'était le dilemme d'Arjuna maintenant

Cette même question est posée encore aujourd'hui par des organisations de tous genres quand elles sont confrontées à des individus qui agissent à partir de leurs contraintes morales individuelles. Le mot qu'ils utilisent pour parler de ces gens est intéressant. On les appelle des taupes.

On considère cela comme une faute comme le ferait un arbitre sur un terrain de foot quand il siffle une faute et sort son carton jaune ou son carton rouge. Ce serait si drôle si ce n'était pas si sérieux. Les sociétés civilisées n'ont pas encore pris de décision à savoir comment traiter ces gens. Sont- ils des traîtres comme le déclareraient la religion et les gouvernements, basés sur des règlements constitutionnels ? Ou sont ils des héros comme beaucoup aimeraient le croire dans la société, parce qu'ils tiennent tête à leurs obligations morales ?

Les organisations aimeraient être éternelles. Elles aimeraient croire que, contrairement aux individus, elles n'ont pas de limites de vie. Certains perçoivent cela comme un droit venant de Dieu, et par conséquent, aimeraient pénaliser qui que ce soit qui tenterait de les contrôler, les corriger ou les détruire. Les êtres humains infusent leurs ambitions personnelles et leur avidité sous une échelle plus grande. Ils créent des organisations dans l'espoir que, s'ils meurent l'organisation qui a été crée continue de vivre.

C'est une réflexion de la nature sur sa propre manière d'assurer la survie des espèces. Même si un membre d'une espèce meurt, l'espèce continue de vivre. Quand une espèce est menacée, elle mute pour assurer sa survie. Quand les organisations doivent faire face à une menace d'extinction, elles mentent, manipulent et font tout ce qui est en leur est pouvoir pour assurer leur survie.

Quand Arjuna parle de la menace concernant sa dynastie, cette réflexion prend naissance de la peur de sa propre mort. Il demande : même si je devais mourir, comme cela est prévu, ne devrais-je pas assurer la continuation de ma dynastie qui porte ma signature, mon identité ?

कुलक्षये प्रणश्यन्ति कुलधर्माः सनातनाः। कुलं कृत्रनमधर्मोऽभिभवत्युत । ।१.४० ।। धूमे

kula-ksaye pranasyanti kula-dharmah sanatanah dharme naste kulam krtsnam adharmo 'bhibhavaty uta' (1.40)

En détruisant la dynastie, la tradition éternelle de la famille est aussi détruite et, en conséquence, le reste de la famille devient impliquée dans des pratiques non vertueuses.