सञ्जय उवाच दृष्टवा त् पाण्डवानीकं व्यूढं दर्योधनस्तदा । आचार्यमुपसङ्गम्य राजा वचनमब्रवीत्।।१.२।।
sanjaya uwacha drshtvaa tu paandavaaneekam vyuddham duryodhanas tadaa acharyam upasamgamya raajaa vachanam abravit (1.2)
Sanjaya dit : 'Le Roi Duryodhana, le regard dirigé vers l'armée Pandava rangée en colonnes, s'avança vers son professeur et lui parla ainsi.'
Une fois de plus, la manière dont Sanjaya commence sa description du déroulement des évènements est intéressante.
Duryodhana était le prince en fonction, en réalité il était le Roi, puisque son père était à la fois aveugle et impuissant à l'arrêter. Il voit les soldats de l'armée de Pandava déployés devant lui. Plusieurs possibilités s'offrent à lui pour faire face à cette situation. Comme la seule et unique personne ayant suscité cette guerre était si sûre qu'elle vaincrait ses cousins, Duryodhana aurait pu jubiler. Comme mesure pour donner de l'assurance à son armée ainsi qu'à lui même, Duryodhana aurait pu rugir de toutes ses forces en signe de défiance. Pourtant, après avoir vu l'armée, il choisit de se diriger vers Drona, un de ses commandants de l'armée Kaurava et aussi son professeur et mentor.
Comme nous le verrons par la suite, il va voir son commandant afin de s'assurer que ce dernier accepte de recevoir le blâme pour tout ce qui allait éventuellement se passer. Le fait de se diriger à pied vers son mentor, avait plus pour but de le tenir responsable que de recevoir son assurance et ses bénédictions.
Quand nous avons la certitude de faire quelque chose de mauvais et que nous sommes parfaitement conscients que ce qui se fait n'est pas juste, nous restons pourtant engagés sur cette voie par pur et simple orgueil. C'est de cette façon que nous réagissons habituellement. Nous trouvons quelque chose ou quelqu'un d'autre que nous mêmes de responsable, sur lequel le blâme peut se porter, peu importe à quel point cela peut paraître illogique.
Duryodhana avait bien intégré ce concept moderne de management qu'est la délégation des pouvoirs. A l'instar d'un grand nombre de managers d'aujourd'hui, il délègue des pouvoirs afin d'être capable de décliner toute responsabilité.
Un disciple de la Compagnie TI m'a raconté l'autre jour :
Quand un client appelle notre Directeur Général et lui soumet un projet difficile à réaliser avant la fin de la semaine, tout d'abord il envoie ce dossier à son Assistant en chef, qui à son tour le passera au Responsable des projets, ce dernier le fera suivre à l'équipe chargée des programmes afin d'établir un coût et fixer un montant.
Quand un projet semble très ambitieux et inintéressant, l'équipe de programmation dira au patron, c'est-à-dire au Responsable des projets, qu'il sera impossible et ridicule de s'engager dans une telle entreprise et qu'il faudrait bien plus d'un mois pour le réaliser.
Le Responsable des projets dira à l'Assistant en chef que c'est un projet très compliqué et coûteux qui ne pourra être réalisé avant deux semaines. Puis l'Assistant en chef dira au Directeur Général que c'est un projet énorme qui pourra être réalisé en une semaine à condition de faire travailler le personnel de longues heures supplémentaires.
Alors le Directeur Général garantit au client que la Compagnie pourra mener à terme ce projet au bout de trois jours et rendra l'équipe chargée de la programmation responsable.
La délégation des pouvoirs peut vraiment faire des miracles, tant que la personne qui délègue n'est pas consciente du travail qui a besoin d'être réalisé.
A ce moment précis, Duryodhana exhibait ses talents de management. Il était parfaitement conscient qu'il n'y avait aucun espoir pour lui de gagner cette guerre. Toutefois, sa soif de pouvoir et de richesse l'avait aveuglé au point qu'il ne pouvait plus faire face à la réalité. Il aurait aimé changer la réalité afin de pouvoir y faire face. Il ne voulait pas endosser cette responsabilité puisqu'il ne savait comment s'y prendre. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de se retourner vers ses mentors et leur dire qu'ils étaient responsables.