KAILASA Library/Discours sur la Bhagavad Gita Gita - Chapitre 1/Part 2: Discourses on Bhagavad Gita Gita - Chapter 1 - Shastras, Stotras, SutrasSign in
Discours sur la Bhagavad Gita Gita - Chapitre 1

Part 2: Discourses on Bhagavad Gita Gita - Chapter 1 - Shastras, Stotras, Sutras

Il est quasiment impossible pour lui de continuer à gérer avec cohérence ses deux personnalités sans vaciller.

Arjuna chancelle quand il fait face à ses ennemis sur le champ de bataille, lors de la Grande guerre du Mahabharata. Son dilemme se révèle à ce moment précis.

Son dilemme est tel qu'il est incapable d'être ni un Yogi, ni un Commissaire.

Il perd son détachement en tant que Yogi. Ensuite, il perd son courage de Commissaire.

Il voit ses ennemis et s'identifie à eux. En face de lui, se trouvent ses mentors, sa famille et ses amis. Tous ces gens représentent une extension de lui, sa descendance, son identité. Il ne peut plus prétendre être le guerrier suprême, le Commissaire, qui a la capacité de les expédier sans sentiments à la mort.

Le dilemme d'Arjuna est le dilemme de toute l'humanité. C'est un conflit interne entre ce que nous considérons comme nos systèmes de valeurs, nos croyances et ce que nous pensons que nous devrions faire.

Nos systèmes de valeurs, ainsi que nos croyances, sont les samskaras ou les mémoires profondément gravées en nous qui nous poussent à prendre des décisions. Le problème est que ces samskaras sont profondément ancrés dans notre inconscient. Nous ne sommes même pas conscients de leur existence.

Dans le cas d'Arjuna, Arjuna a bien compris le Kshatriya, son code de conduite, qui stipule qu'il ne peut refuser ni un combat ni un pari. Toutefois, son attachement profond à son clan, à sa descendance s'avère être bien plus puissant que ce qu'il considère être son devoir. Ses croyances étaient bien plus fortes que tous ses codes de conduite.

Les samskaras d'Arjuna étaient primitifs. Ils étaient en fait reliés à des questions de survie, à la survie de son identité propre. En tuant les membres de son clan, il détruirait alors une part de lui-même. Aucun code de conduite ne valait une telle destruction. C'était là son dilemme.

Nous devons tous, un jour ou l'autre, faire face à de tels dilemmes. On nous apprend à suivre les règlements et certaines règles de la société. Tant que nos désirs sont en accord avec ces règles, ces règlements et codes religieux, nous n'avons aucun problème, aucune confusion, ni de dilemme. Par contre, quand ce que nous cherchons et la voie à prendre pour réaliser notre but violent les règles de la société, nos dilemmes commencent à se manifester.

C'est la raison pour laquelle Jésus déclare : 'Que celui parmi vous qui n'a point commis de péchés, lance la première pierre.' Chacun de nous, sans exception, a intégré le sentiment de culpabilité d'avoir violé ce que nous avons compris être les commandements de la religion et de la société. Cette culpabilité est ce que nous appelons le péché, et nous avons peur que l'inconnu, les forces invisibles se tournent contre nous pour nous punir d'avoir enfreint ces règles. Désirs contre culpabilité, c'est là notre dilemme, toujours, et toujours.

Presque dans tous les cas, si les désirs sont suffisamment forts, les désirs l'emportent. Les règles, les règlements peuvent attendre, disons- nous. Au pire, nous pouvons toujours trouver un moyen pour apaiser l'inconnu et ses forces invisibles. Après tout, à quoi servent les prêtres, sinon à demander un supplément pour intercéder en notre nom auprès de ces forces paranormales !

La vérité est que cette société et la religion nous encouragent à penser de la sorte. Ils savent très bien que personne ne peut être contrôlé à cent pour cent tout le temps. Alors, ils se disent : 'Mettons des freins ! Essayons de les contrôler par le biais de la peur et de l'avidité. S'ils sont tous bons tout le temps cela va s'avérer être une tâche difficile à réaliser. Nos affaires ne marcheront plus. Ils pourront, dans ce cas là, négocier directement avec ces forces invisibles. Nous ne pouvons permettre une telle chose. Alors, créons des règles et des règlements qui ne pourront pas être suivis par la plupart des gens. Ils violeront ces règles, ils feront un faux pas. Attrapons les, puis contrôlons les, par le biais de la peur et de l'avidité, par la peur de Dieu !'

Voilà la genèse de toutes les normes de la société et de toutes les règles religieuses. Elles sont établies de façon à ce que nous ne les respections pas et éprouvions de la culpabilité. Et à partir du moment où nous ressentons de la culpabilité, nous sommes pris, embrigadés pour toujours.

Au niveau spirituel il n'existe point de péché. Quand vous êtes vraiment conscient que le péché n'existe pas, quel que soit ce qui se passe dans vos vies, ce n'est que le résultat des lois naturelles, à condition que nous en soyons pleinement conscients. Quand nous éprouvons de la compassion pour l'humanité entière, quand la compassion que nous ressentons pour tous les êtres vivants est identique à la compassion que l'on éprouve pour soi même ainsi que pour nos proches, il est impossible que nous puissions penser faire du tord à autrui. Il est impossible qu'il y ait péché. Par conséquent, la notion de culpabilité ne peut exister non plus.

La progression d'Arjuna sur cette voie de l'auto découverte est la Bhagavad Gita. C'est aussi notre voie, si nous intériorisons le message de la Gita. Quand il n'existe aucune variation entre ce que nous souhaitons faire et ce que nous croyons, quand nous sommes conscients de nos samskaras et agissons totalement à leur réalisation en toute conscience, nous n'avons à faire face à aucun dilemme. Nous faisons l'expérience de la plénitude.

Nous naissons tous avec des désirs préexistants, ce sont les vasana, c'est-à-dire la configuration mentale de notre esprit qui se trouve en nous véhiculée dans notre corps. On les appelle aussi prarabda karma qui sont les désirs que nous amenons avec nous quand nous naissons. Ces désirs arrivent avec l'énergie suffisante à leur propre réalisation. Mais le problème est le suivant : à l'heure de la mort, la plupart des gens tombent dans un coma quand l'esprit passe dans le corps causal et qu'il traverse les sept corps d'énergie subtile. A ce moment là, nous perdons la mémoire de nos prarabda karma. Nous ne nous rappelons plus pourquoi nous sommes nés, ni les désirs que nous amenons. C'est là, la cause de tous nos dilemmes.

Les incarnations, les êtres illuminés qui choisissent de naître de nouveau, arrivent dans ce monde en étant conscients de leur prarabda karma. Ils savent exactement pourquoi ils sont nés. Ils ne sont pas confus et ne connaissent point de dilemme. Arjuna n'est pas encore à ce stade, c'est aussi le cas pour un grand nombre d'entre nous.

Il est possible de devenir conscient des prarabda karma et de travailler à leur réalisation afin de permettre à notre stock de samskaras de se dissiper. C'est à travers ce processus de Yoga que Krishna emmène Arjuna, tout au long de ces dix huit chapitres de la Bhagavad Gita.

Ces enseignements ne sont pas uniquement destinés à Arjuna. Ils sont pour chacun de nous, pour tout le monde, afin de nous permettre de dissoudre nos samskaras et résoudre nos dilemmes.

धृतराष्ट्र उवाच धर्मक्षेत्रे कुरुक्षेत्रे समवेता युयुत्सवः। मामकाः पाण्डवाश्चैव किमकूर्वत सञ्जय | | १ | |

Dhritharashtra uwacha dharma-kshetre kuru-kshetre samavetaa yuyutsavah maamakaah pandavaas chaiva kim akurvata sanjaya (1.1)

Le Roi Dhritharashtra demande : 'O Sanjaya, à Kurukshetra, sur cet emplacement rempli de vertu, alors qu'ils étaient prêts au combat, que s'est- il passé entre mes fils et les fils de Pandu ?'

La toute première déclaration de ce formidable verset est très significative car elle est faite par un aveugle. Il n'a pas seulement perdu la vue, mais il a aussi perdu toute sa perspicacité : la sagesse de pouvoir distinguer le bien du mal.

Pandu avait remis son trône ainsi que ses cinq fils à son frère Dhritharashtra pour qu'il en prenne soin. Du point de vue d'une personne vertueuse, les cinq princes Pandava étaient aussi sous la responsabilité de Dhritharashtra. Cependant, au niveau de son esprit la séparation était claire, il disait toujours ' mes fils et les fils de Pandu'.

Que font mes fils, les cent Princes Kaurava et les fils de Pandu, les princes Pandava, demanda- t'il sur un ton plaintif à Sanjaya ? Il n'a jamais proclamé que les princes Pandava lui appartenaient, ni montré sa responsabilité envers eux. Il ne s'est jamais soucié de leur bien-être. Il n'avait de considération que pour ses propres fils Kaurava.

L'attachement qu'il avait pour ses fils, particulièrement pour Duryodhana le prince en fonction, l'empêchait d'avoir un raisonnement saint. Peu importe ce que faisait ce dernier, il n'y voyait aucun inconvénient. Au début de son adolescence, Duryodhana avait comploté de tuer ses cousins Pandava et, même dans ce cas précis, Dhritharashtra fit semblant d'ignorer les agissements malveillants de son fils, alors qu'il était parfaitement conscient de son projet. Et même quand Duryodhana et son frère Dushassana atteignent l'extrême en insultant Draupadi la femme des princes Pandava en la déshabillant en public à la cour, Dhritharashtra semble ne pas avoir de pourvoir pour agir. Et finalement, quand Duryodhana refuse de donner aux Pandavas, pas même une minime parcelle de terre, Dhritharashtra garde le silence avec l'assurance d'assister à une effusion de sang.

Ce qu'il y a de plus triste dans ce conte, c'est que Dhritharashtra était pleinement conscient qu'il n'était pas sur la bonne voie et que la destruction de son clan était inévitable. Toutefois, il semblait ne pas avoir de pouvoir pour agir autrement. Le conte de Dhritharashtra est commun à l'humanité toute entière. Souvent, nous suivons la mauvaise voie en sachant parfaitement qu'elle est mauvaise, mais agissons presque comme si nous étions sous hypnose, conscients que ce qui en résultera n'attisera notre intérêt qu'à court terme. La Gita, par conséquent, commence avec ces prémisses.

Ce n'est pas simplement la lutte entre le bien et le mal comme on s'y attend habituellement. C'est bien plus que cela. Cela concerne notre conflit intérieur à ne pas être capable de faire ce qui est juste, à ne pas être suffisamment courageux pour se tenir debout et faire face à ce qui est juste : le manque de prise de conscience et de clarté pour suivre la voie de la vertu. C'est une lutte entre le bien et le mal à l'intérieur de nous, et non à l'extérieur de nous. Krishna, la super conscience, le Poornavatar, se manifeste constamment par-dessus notre être, pourtant nous ignorons cet appel divin à l'intérieur de nous, pris par l'illusion que ce que nous faisons autrement nous rendra heureux.

Dhritharashtra que l'on appelle Kurukshetra est le lieu où se déroule cette guerre. Dharmakshetra est le lieu de la vertu. Implicitement Dhritharashtra reconnaît la divinité de Krishna, dont la simple présence sur le champ de bataille lui confère le manteau de la vertu. Quel que soit l'endroit où se trouvait Krishna, ce lieu se transformait par défaut en lieu de vertu. Bien que son raisonnement fût confus, il restait suffisamment de clarté d'esprit à Dhritharashtra pour reconnaître la suprématie de Krishna. Cela s'est révélé par le choix de ses paroles. C'était comme si, à un certain niveau, il avait conscience que le sort de son clan Kaurava était scellé.

Si Krishna était la quintessence de la vertu et se trouvait du côté des Pandavas, comment aurait il été possible à ces derniers de perdre la bataille ? Ce qu'il y avait de tragique dans le sort de Dhritharashtra, c'est qu'il savait que la destruction de son clan était inévitable, pourtant il restait impuissant, incapable de faire quoi que ce soit pour changer cette situation.

Sanjaya était le ministre et l'aurige de Dhritharashtra. Par la grâce du Sage Vyasa, Sanjaya avait le pouvoir de voir ce qui se passait sur le champ de bataille, par conséquent il pouvait relater à son Roi Dhritharashtra et à sa Reine Gandhari le déroulement tragique des événements. Son troisième œil était ouvert, non seulement il pouvait voir ce qui se passait dans un lieu éloigné, mais il avait également le pouvoir de l'intuition : de savoir ce qui allait se passer.

Dans un certain sens nous sommes tous aveugles, d'une manière ou d'une autre et, quand on considère cet aspect des choses, Dhritharashthra représente la majorité de l'espèce humaine. La cécité, dans ce cas, n'est pas seulement l'incapacité physique de voir, mais plus encore l'ignorance qui l'empêche de faire la distinction entre ce qui est juste et ce qui est mal, augmentée de l'absence de désir de vouloir faire la différence entre le bien et le mal.

Nous pouvons tous être comme Sanjaya, avec notre troisième œil ouvert, au lieu d'être aveugle comme Dhritharashtra. C'est l'un des messages de la Gita. Devenir conscient de notre conflit intérieur est la première étape pour arriver à ouvrir ce troisième œil.